quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La porte du diable. Ciné Cinéfil, 19h

Par Louis SKORECKI — 19 novembre 1996 à 01:19

Quand il se lance en 1942 dans le cinéma, Emil Anton Bundmann a 36 ans. C'est alors qu'il se choisit un élégant pseudonyme, Anthony Mann, sous lequel il deviendra vite l'un des plus célèbres cinéastes hollywoodiens. La porte du diable est un grand film méconnu, réalisé en 1950, la même année que l'autre western qui inaugure le cycle qui fera sa gloire, Winchester 73. Cinq westerns suivent ! les Affameurs (1952), l'Appât (1953), Je suis un aventurier (1955), l'Homme de la plaine (1955) et l'Homme de l'Ouest (1958) -, qui constituent un remarquable ensemble de films nerveux et lyriques, tournés dans des décors fabuleux et magnifiquement interprétés par James Stewart et Gary Cooper. Mann, qui mourra à 60 ans, n'a jamais fait aussi bien qu'au cours de ces huit années où il renouvelle de fond en comble le western.

Contrairement à ses autres westerns tournés en Cinémascope flamboyant, La porte du Diable (Devil's Doorway) est en noir et blanc. Mais est-ce bien un western? Dès le début, on en doute. On voit bien un cavalier qui traverse des prairies et entre dans un saloon, mais un curieux style statique nous éloigne d'emblée du film d'aventure. En costume nordiste et couvert de médailles, le sergent chef Lance Poole revient de la guerre. Robert Taylor joue avec retenue cet indien qui a réussi, semble-t-il, à s'intégrer au monde des blancs. Il ignore les provocations racis-tes de l'avocat Coolan (Louis Calhern) qui reproche au barman de servir un peau rouge. Lance possède des terres immenses où il fait paître des vaches. Le bonheur et la paix semblent y régner. Mais son père meurt et sa phrase ultime (Un «Indien sans terre perd son âme») résonne comme un testament prémonitoire aux oreilles de son fils. Bientôt, menés par Coolan, les éleveurs de moutons réclameront une partie de ses terres et les Blancs viendront chasser les Indiens de leurs pâturages. C'est une inexorable tragédie, rehaussée par une photographie baroque et décalée signée John Alton et étrangement proche de Citizen Kane.

Louis SKORECKI

Nenhum comentário:

Arquivo do blog