quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Splendeur des Amberson. Paris Première, 21h.

Par Louis SKORECKI — 23 janvier 1997 à 15:35

Considéré par de nombreux critiques comme le véritable chef d'oeuvre d'Orson Welles, la Splendeur des Amberson, en 1942, un an seulement après le scandaleux Citizen Kane, est un monument de classicisme. Retour en arrière après les audaces formelles de Kane ou bien oeuvre du disciple avoué de John Ford? (Welles a raconté comment il a vu et revu Stagecoach avant de se lancer dans son premier film révolutionnaire et maudit). On peut se contenter de signaler qu'ici Welles n'est que metteur en scène, à la différence de Kane où il est simultanément acteur principal, monteur, producteur, scénariste et réalisateur.

Malgré une interprétation un peu mièvre de Tim Holt dans le rôle principal, qu'eût pu tenir, bien mieux, le jeune Welles lui-même, Amberson est une étonnante chronique d'une petite ville américaine de la fin du siècle dernier, du point de vue d'une riche famille provinciale, les Amberson. Eugene Morgan, joué magnifiquement par Joseph Cotten (l'un des acteurs fétiches de Welles depuis son Mercury Theatre, avec lequel il monta un Shakespeare black - Macbeth - avant de terroriser l'Amérique avec son adaptation ultra-réaliste, dans le style radio-vérité, de la Guerre des mondes) est un inventeur farfelu et fauché auquel les Amberson refusent de donner leur fille Isabel. Celle-ci se marie avec le riche Wilbur Minafer qui lui donne un fils, George (Tim Holt). Par un curieux retour des choses, George s'éprend de la fille de Morgan, Lucy, au moment où son père est devenu un riche constructeur d'automobiles.

Revisité par Welles, ce qui pourrait n'être qu'un fade feuilleton télévisé est une fabuleuse méditation sur la nostalgie et la mort. C'est aussi une description aigre et lucide du libéralisme à l'américaine, avec ses crises, ses suicides, ses revers de fortune. Morgan, devenu ce capitaliste qu'il méprisait dans sa jeunesse, s'élève au-dessus de son statut social et donne sa fille à ce petit morveux de George, tandis que lui-même renonce pour toujours à son amour de jeunesse, la belle Isabel.

Louis SKORECKI

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