quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Taverne du poisson... Ciné Cinéfil, 21h50.

Par Louis SKORECKI — 18 mars 1997 à 23:09

La Taverne du poisson couronné est un film rare et précieux. Signé d'un artisan méconnu du cinéma français, l'attachant René Chanas, on y découvre deux acteurs légendaires, Michel Simon et Jules Berry, mais aussi et surtout un univers. Dans le petit monde de Chanas, formé à la dure école travailleuse (il commence en bas de l'échelle sociale comme machiniste chez Pathé), les gens ordinaires dominent et dressent. A la différence de l'immense Jean Cocteau, dont le testament filmé, le Testament d'Orphée, passe sur cette même chaîne (18 heures), Chanas n'a pour lui aucune arrogance ni aristocratique manière. Différence de classe? Là où Cocteau bricole, en insistant à peine, sa poésie profane, Chanas joue à fond sa seule carte personnelle, celle du prolétariat communicatif des acteurs populaires. On dira, à juste titre, qu'il est vain d'opposer Cocteau à Chanas, si rien ne les rapproche. Et pourquoi donc? Pourquoi ne pas rechercher les plus petits dénominateurs communs chez des artistes qu'une seule chaîne, celle de la rediffusion câblée et datée, réunit? Cocteau est né en 1889, Chanas voit le jour en 1914. Cocteau est mort et mal aimé. On se sait même pas si Chanas est encore vivant. Vaut-il mieux être vivant et méconnu que mort et incompris?

Dans la Taverne du poisson couronné, Jules Berry et Michel Simon sont outranciers et splendides. Dans le Testament d'Orphée, Cocteau est outrancier et tout aussi splendide. Le film de Chanas est daté de 1946, celui de Cocteau, son ultime opus, sort en 1960. A quelques heures de distance, ces deux films sont réunis sur une même fréquence pour un baptême blême. Personne ne remplacera jamais Michel Simon. Personne ne remplacera jamais Jules Berry. Cocteau nous manque. Et si on commençait à expliquer vraiment qui est Chanas et comment est son Poisson au titre si poétique que Cocteau aurait adoré? Qu'il suffise de dire, en signe d'adieu, que le cinéma français de l'immédiat après-guerre est une mine encore inexploitée. Que ce film-là, joyeux et prospère, mérite qu'un VHS le préserve de l'oubli. En attendant, bzzzz, que devient donc Vera Chytylova?

Louis SKORECKI

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