quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Crime de M. Lange. Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Par Louis SKORECKI — 14 février 1997 à 21:35

Quand le plus grand cinéaste français, Jean Renoir, s'acoquine avec le plus grand dialoguiste du même cinéma français, Jacques Prévert, qu'est-ce que ça donne? Nous sommes en 1935 et l'accouplement hypermédiatisé de Carné et Prévert n'a pas encore eu lieu (leur première collaboration, Jenny, date de 1936). Contrairement aux films surestimés de ce couple célèbre (de Drôle de drame aux Portes de la nuit en passant par les Enfants du paradis), le Crime de monsieur Lange apparaît encore aujourd'hui comme le comble de la fraîcheur, de l'innocence et de la très grande mise en scène. Sur une histoire naïve, comme on dit de certains peintres marocains et haïtiens qu'ils sont naïfs, Renoir brode une véritable fresque de l'émancipation et de la libération sociale.

L'argument est connu: alors que l'éditeur-escroc Batala (formidable Jules Berry) s'enfuit et se fait passer pour mort, ses ouvriers décident de créer une coopérative. Grâce aux aventures exaltées d'Arizona Jim que publie le rêveur monsieur Lange (René Lefèvre), les nouvelles éditions rencontrent le succès. Batala réapparaîtra, in extremis, déguisé en prêtre, bien décidé à reprendre son affaire en main. A partir de cette trame très simple, Renoir et Prévert exaltent le travail libre et l'amour fou (comme au bon temps du groupe Octobre). Amour qui unit Amédée Lange et la blanchisseuse Valentine (Florelle) qui fut autrefois la maîtresse de Batala.

Tout le film est un flash-back, l'histoire que racontent Lange et sa lingère à un «jury populaire» dans un café près de la frontière belge. Doit-on les «acquitter» du meurtre de l'abominable Batala? Le spectateur et les auditeurs sont donc, simultanément, conviés à juger le couple en fuite. Imprégné de l'esprit du Front populaire, le Crime de monsieur Lange choisit le parti pris d'une esthétique idéalisée, celle de la féerie, pour reprendre l'expression de Truffaut. Ce film joyeusement anarchiste mélange avec bonheur un lyrisme spontané côté actrices et un classicisme inégalé du plan-séquence.

Louis SKORECKI

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