quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Criminel. Paris Première, 21h.

Par Louis SKORECKI — 20 février 1997 à 17:17

Un film mineur d'Orson Welles est-il nécessairement supérieur au meilleur film d'un artisan hollywoodien? Au moment où il désavouait le Criminel, Welles aurait déclaré qu'il avait voulu montrer qu'il pouvait être un aussi bon réalisateur que n'importe qui. Si l'on suit à la lettre la fameuse politique des auteurs tant décriée au moment de son lancement par Godard, Rohmer et Truffaut (et aujourd'hui largement admise des médias), le Criminel vaudrait largement une dizaine de séries B d'Edward Ludwig (1895-1982) ou de Stuart Heisler (1894-1979). Pas si sûr. Autant ce mélo wellesien de 1945 est étonnant de fraîcheur narrative, autant il n'a pas le swing fictionnel qui fait décoller les meilleures oeuvres américaines. A partir d'un point de départ hitchcockien, peut-être piqué au scénario de l'Ombre d'un doute réalisé deux ans plus tôt (un tueur en série, curieusement interprété par le fidèle entre les fidèles de la troupe wellesienne, Joseph Cotten, vient se réfugier incognito dans sa famille), Welles, avec la complicité de John Huston au scénario, imagine l'histoire d'un criminel nazi venu, lui aussi, trouver refuge dans une petite ville du Connecticutt. Sous l'identité d'un professeur respectable, ce criminel voit au fur et à mesure du film son identité en train d'être dévoilée. Sans être complètement maîtrisé, ce film tendu à l'extrême et poisseux à souhait se laisse voir avec plaisir.

Il faut dire que Welles a gardé quelques atouts dans sa manche. Il s'est d'abord réservé le rôle du bourreau nazi en fuite, qu'il interprète avec tout son savoir théâtral shakespearien. Avec l'aide de deux comédiens merveilleux, Edward G. Robinson (celui qui découvre le pot aux roses) et Loretta Young (la jeune épousée du nazi déguisé), Welles boucle son tournage pour le producteur Sam Spiegel en dix jours de moins que ne le prévoyait son contrat.

Grâce à son athmosphère étouffante, sa photo stylisée, son rythme essoufflé, le Criminel réussit à faire oublier les ficelles un peu faciles de son suspense théâtral et convenu.

Louis SKORECKI

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