quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Faucon maltais. Ciné Cinéfil, 22h05.

Par Louis SKORECKI — 5 février 1997 à 22:06

Si le premier film de John Huston n'est pas le chef d'oeuvre que d'aucuns prétendent, il est devenu une icône incontournable du passé hollywoodien. Sorti en 1941, le Faucon Maltais donne à Humphrey Bogart son rôle le plus légendaire. Grâce à la maigreur virile du roman de Dashiell Hammett que le film suit fidèlement, Bogart incarne à la perfection ce détective privé laconique, Sam Spade, sorti tout droit du passé d'enquêteur d'Hammett lui-même. Huston y fait preuve de cet artisanat rusé qui constitue son meilleur atout: une modestie narrative, faite à l'économie, encombrée déjà, hélas, de ses tics de cinéaste: usage aberrant de la profondeur de champ, à la manière d'un Welles sans génie; utilisation abusive de la figure du loser, ce perdant systématique de ses fictions à venir. Grâce à un casting impeccable, du Bogart minimaliste qu'on a appris à connaître et à aimer (qui compense ses limites de comédien par une posture déjà au point) à un Peter Lorre superbe d'arrogance post-langienne (on est loin du héros maudit de M.) en passant par une Mary Astor inédite et un Sidney Greenstreet fabuleusement obèse, Huston compense son manque de génie flagrant à la mise en scène. Il aligne les séquences à la photographie rêveuse comme autant d'atouts dans une partie de cartes serrée. Le faucon du titre n'apparaîtra, in extremis, que comme la preuve de son manque d'imagination. Là où un Tourneur aurait fait agir la non-figuration (la statuette serait restée inexorablement off), où un Hitchcock aurait fait durer le suspense, où un Lang aurait métamorphosé l'aventure en tir à la carabine, où un Hawks se serait contenté de suggérer la comédie derrière les apparences macho, Huston se contente d'enregistrer le pseudo-réel d'une fiction naturalisée, pour ne pas dire naturaliste. On comprendra, cinquante ans plus tard, que ce cinéaste de l'échec n'a fait, toute sa vie durant (exception faite d'African Queen et de l'ultime réussite que constitue The Dead), que mettre en scène son échec de cinéaste.

Louis SKORECKI

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