quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Faux Coupable. Paris Première, 21h.

Par Louis SKORECKI — 13 février 1997 à 21:39

On pourra se passer de la présentation laborieuse de Michel Pascal (qui irait presque jusqu'à nous faire regretter ce bon vieux Claude-Jean Philippe) pour foncer, vite fait, sur ce chef d'oeuvre noir et blanc de maître Alfred, sorti en 1957, année particulièrement faste du classicisme hollywoodien finissant. Dès le pré-générique, Hitchcock, filmé de très haut, en plongée angoissée dans un studio à peine éclairé, prévient son public fidèle: «Dans le passé, je vous ai donné toutes sortes de films à suspense. Mais cette fois, j'ai voulu vous montrer un film différent. La différence gît dans le fait qu'il s'agit d'une histoire vraie dans ses moindres détails. Et pourtant, elle contient des éléments plus étranges que toutes les histoires que j'ai utilisées dans mes thrillers précédents.» Rien à redire. La série de mésaventures affolées qui surviennent au pauvre Manny Balestrero (Henry Fonda), malheureux contrebassiste au Stork Club de New York, surpasse en intensité et surtout en étrangeté les aventures à cent à l'heure de Cary Grant dans la Mort aux trousses qui sort deux ans plus tard.

On a vu, ici et là, dans cette histoire de fausse culpabilité et de rédemption une parabole chrétienne. Il est aussi astucieux d'y lire, ainsi que le fait Lourcelles dans son passionnant Dictionnaire du cinéma, le plus beau film kafkaïen de l'histoire du cinéma, proche, en ceci, des réflexions de Fritz Lang dans la dernière partie de son oeuvre, et particulièrement dans L'Invraisemblable vérité (1956). Là où Lang décrit la noirceur d'une humanité forcément coupable, «si corrompue que l'innocence ou la culpabilité d'un individu devient quelque chose d'impondérable et finalement d'indifférent dans l'économie générale du monde», Hitchcock est à la fois plus manichéen et moins désespéré, laissant in extremis à son héros la chance de se refaire une vie. Le caractère fondamentalement religieux de cette «résurrection» jette une lumière nouvelle sur le petit monde hitchcockien et permet de réviser bien des idées reçues sur cet univers.

Louis SKORECKI

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