quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Grand Sommeil. Ciné Cinéfil, 1h55.

Par Louis SKORECKI — 29 janvier 1997 à 15:14

Une semaine après le curieux Twentieth Century, Ciné Cinéfil nous offre le plus célèbre film d'Howard Hawks, le Grand Sommeil (1945). Cette adaptation fébrile du roman de Raymond Chandler est la seconde occasion de retrouver le couple de rêve qu'ont formé Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Découverte par Hawks lui-même, celle qu'on a appelée à juste titre «the Look» régnait déjà sur To Have and Have Not, réalisé quelques mois plus tôt et où se noua le roman d'amour qui devait faire de ce couple l'une des figures les plus emblématiques de la mythologie hollywoodienne. Reléguée ici à un rôle plus modeste, elle n'en impose pas moins au personnage chandlérien récurrent que joue Bogart, Philip Marlowe, une modestie de jeu dont il n'a pas l'habitude. En effet, médiocre acteur, Bogart (comme plus tard son imitateur, John Cassavettes) se contente en général de grimacer ses répliques en promenant son corps raide dans des décors qui le laissent de glace. Sous le regard de Bacall, cependant, une curieuse mutation s'opère et son jeu devient plus vivant, plus nerveux, plus intelligent.

Dans cette histoire à laquelle personne ne comprend rien (Hawks demanda à Chandler de lui expliquer l'intrigue et ce dernier avoua qu'il ne la comprenait pas lui-même!), Bacall joue la fille d'un général sudiste qui affectionne la chaleur tropicale de ses serres privées. Elle charge Marlowe/Bogart de retrouver des photos compromettantes, le lançant, du coup, dans un labyrinthe dont il sortira indemne mais meurtri. La corruption règne, épaissie par les clairs-obscurs d'une photographie splendide. La rêverie prend le pas sur le réalisme, la sensualité compense les non-sens du script. Filmé avec une sobriété exaltée par le jeune Hawks (il a une trentaine de films derrière lui à cinquante ans seulement), cet archétype du film noir a résisté à toutes les modes. Aujourd'hui nimbé de la nostalgie qu'on éprouve légitimement pour les thrillers de l'époque classique (1929-1959), le Grand Sommeil réveille heureusement nos appétits de téléphile.

Louis SKORECKI

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