quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Manuscrit trouvé à Saragosse. Arte. 22h50.

Par Louis SKORECKI — 24 mars 1997 à 22:47

Faut-il privilégier ce soir la nostalgie boudeuse des Yeux noirs ou l'expérimentation hardie du Manuscrit trouvé à Saragosse? Programmés l'un à la suite de l'autre sur Arte, en train de devenir la chaîne du cinéma mort, le mélo populaire de Nikita Mikhalkov et l'errant transitoire de Wojciech Has se renvoient deux miroirs radicalement différents d'un art en train de cohabiter avec deux communismes similaires. Sans recul réel avec le totalitarisme social et culturel de l'URSS, Mikhalkov promène splendidement ses réflexions désabusées d'aristocrate rieur. Au même moment, Has dénonce en visionnaire un Empire décadent qui lui permet, quand même, de travailler en paix. De ces deux artistes solitaires, sans avoir à nous en expliquer davantage, nous choisirons résolument le frondeur, l'erratique, celui qui convoque des rêves de clans enfuis et une nostalgie têtue de diaspora définitive. Hors pays, hors patrie, hors société, hors cinéma, Has s'avance de front, avec sa poésie interminable et ses images blanchies à la chaux. Son Manuscrit résiste à l'analyse, à l'usure du temps, à la critique. Pourquoi allons-nous ce soir à Saragosse et pas au pays des yeux noirs trop tendres? Parce qu'il s'agit, ici et maintenant, de privilégier le poète et l'errant. Parce que l'interminable ressassement de ce film littéralement invisible exige de nous une tendresse immédiate. Parce que cette histoire borgésienne dans laquelle, définitivement, la carte n'est pas le territoire contient des promesses stylistiques auxquelles son auteur, pourtant fécond, pourtant poète, n'a jamais réussi à répondre (la Clepsydre). Parce qu'il s'agit, ici, de l'un des seuls exemples connus de saga infranchissable, plus convaincant encore que les fictions tournoyantes du Buñuel des derniers temps, celui de Belle de jour en particulier, que le Manuscrit précède de quelques années maudites. Ici se lit le début et le commencement d'un fleuve venu de la fière Pologne ensemencer nos rives.

Louis SKORECKI

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