quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Mystère Picasso. Arte, 22h25.

Par Louis SKORECKI — 17 janvier 1997 à 15:51

Si Clouzot n'est pas l'immense cinéaste que d'aucuns prétendent, il a une sorte de cruauté généreuse qui lui permet (ici par exemple) de filmer les impossibles défis. Jamais Picasso n'a été aussi proche de nous, dans son mystère précisément. Complétant heureusement la décevante rétrospective consacrée aux portraits du peintre, ce film, toujours aussi frais qu'à sa sortie (1955), est judicieusement programmé par Arte ce soir. Au milieu des années cinquante, le jeune critique François Truffaut écrivait que «le film dépassait tout ce que le cinéma avait fait jusqu'ici pour la peinture». Ce jugement elliptique n'a pas, depuis lors, été démenti.

L'idée toute bête de Clouzot, c'est de suivre la main du peintre, la meilleure manière de «savoir ce qui se passe dans sa tête». Il imagine donc un dispositif ultra simple mais ingénieux: une glace transparente invisible à l'écran sur laquelle se dessinent les traits et les touches que Picasso appose progressivement. Les deux premiers «tableaux» représentent une femme nue, alanguie, peinte par un homme, nu lui aussi, derrière lequel se profile un second spectateur qui ressemble étrangement à Matisse. La «toile» elle-même est tout à fait matissienne: élégance du trait, motifs décoratifs minimalistes, avec un rien de couleur qui vient, à peine, surcharger le portrait. Si les autres «toiles» n'ont pas toujours cette simplicité éthérée (Picasso a tendance à surcharger, par le noir ou la couleur, ses motifs originaux), elles ont toujours une vivacité réjouissante, notamment dans un nu cubiste qu'il transforme allégrement en Picasso tardif.

On est loin des clichés sur le maître espagnol, loin aussi des oeuvrettes un peu faciles de Clouzot lui-même (le Corbeau, l'Assassin habite au 21, etc), plus proche finalement des oeuvres tardives de Clouzot, les Diaboliques, la Vérité, et surtout la Prisonnière (voire de ce qu'on peut deviner, à travers les rushes de cet Enfer jamais commencé et que Chabrol filma à sa place) et qui eut été inévitablement son chef d'oeuvre.

Louis SKORECKI

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