quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Père de la mariée. Ciné Cinéfil, 20h30.

Par Louis SKORECKI — 2 janvier 1997 à 16:37

Le Père de la mariée. Ciné Cinéfil, 20h30.

C'est en 1950 que Vincente Minnelli se lance dans cette comédie légère, avec la complicité active de Spencer Tracy, dans le rôle crispé du papa qui doit marier sa fille trop jeune (Elizabeth Taylor, 19 ans, avant son opération du nez). Saura-t-il être à la hauteur du mariage à l'église, du banquet cérémonial qu'il est obligé d'organiser? Saura-t-il, surtout, se défaire de l'amour trop violent qu'il éprouve pour cette adorable fille soudainement initiée aux mystères du sexe?

Reprenons. A aucun moment, Minnelli, cinéaste prude et sensuel, ne traite (qui osait le faire à Hollywood il y a cinquante ans?) de l'oedipe, de la jalousie quasi maladive qu'un père éprouve quand il doit passer (au sens lacanien) sa fille à un autre, un gendre un peu débile auquel il ne trouve aucun charme. Gagne-t-il sa vie, d'abord, ce vieux teenager qui prétend voler la douce Elizabeth Taylor à son grincheux de père? Joli déplacement, donc, de l'amour interdit de papa pour fifille et transformation, illico, de cette attirance interdite en angoisse devant une chose unique: comment mettre en scène aussi virilement que possible le banquet de noces?

Si on connaît un peu l'attirance de Minnelli pour le spectacle (toute son oeuvre se résume en une double phrase, «the world is stage, the stage is a world of entertainment»), on voit à travers ce film au scénario si mince et si sautillant un second niveau, très angoissé, qui tourne autour des répétitions du spectacle solennel de ce mariage (église, fête à la maison), de ses ratages, de son «tournage en temps réel» (attention, ici une seule prise est possible). C'est pourquoi Minnelli filme une séquence onirique de cauchemar devant ce spectacle littéralement impossible à mettre en scène, et son échec inévitable, superbe de modernisme halluciné. Devant le succès de ce film, Minnelli tournera l'année suivante une suite plutôt drôle (Allons donc, papa!), qui annonce son chef-d'oeuvre de 1962, Il faut marier papa, plus connu sous son titre original, The Courtship of Eddie's Father.

Louis SKORECKI

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