quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le piège de Vénus. Arte, 22h55.

Par Louis SKORECKI — 11 mars 1997 à 23:31

Dans la carrière inégale de Robert Van Ackeren, ce film sophisitiqué et provocateur brille comme une exception redoutable. Petit Chabrol allemand, ce cinéaste très cheap réussit ici dans le soft porno et improbable une percée inattendue. Obscène et triviale, cette histoire de partouzes symboliques, qui connut un réel succès public, comparable, très étrangement, aux films faussement érotiques d'un presque jeune Rohmer, la Collectionneuse, le Genou de Claire ou l'Amour l'après-midi , vaut surtout par l'appel aux mots, à la parole pour mieux parler du désir impossible ou de la jouissance sans cesse reculée. On aimera ici, plutôt que l'histoire d'amour décevante entre un jeune mâle et une Vénus française (godardienne Myriem Roussel), les libations interdites avec son épouse frustrée. Elle se glisse sous la table du jeune mari, s'adressant à la fois à sa triste petite bite et au spectateur qui en prend plein la gueule (de cette semence qui ne viendra jamais que dans l'off de la fiction): «Tu veux me vexer? Qu'est-ce que c'est que cette petite frippone flasque? Qu'est-ce que c'est que cet air idiot? Elle est toute molle, ici c'est interdit aux animaux. Et la voilà qui grossit, la salope, je n'ose pas regarder. Tu n'as pas honte? Couché, couché, couché! Tiens, je l'embrasse» Et elle fait une douzaine de bisous distanciés et trop chastes au spectateur en manque, forcément. Derrière les lassants strip-teases (déshabillages répétitifs des deux sexes séparés, déshabillages fictionnels d'un cinéaste qui se «déboutonne»), il y a heureusement un très acéré reproche à ses propres travers petits bourgeois, une mise en abîme de ces strip-teases même qui les blanchit, les lave de leur saleté trop propre, de leur lassante répétitivité, de leur fin sans cesse remise, de leur inaboutissement essentiel. Dans ces moments-là, Van Ackeren est un spectateur presque fassbinderien des désordres tristes d'une Allemagne en reconstruction. Et sans même avoir à le dire, il aligne métaphore sur métaphore, abordant par le petit bout du sexe le gros bout du meurtre sirkien d'un peuple assassiné.

Louis SKORECKI

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