quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Port de l'angoisse. Ciné Cinéfil, 22 heures.

Par Louis SKORECKI — 16 décembre 1996 à 02:59

Howard Hawks est l'un des piliers du grand cinéma hollywoodien. Avec Hitchcock, il est vite considéré par les cinéastes de la nouvelle vague comme un auteur essentiel. C'est qu'il était facile de distinguer dans son oeuvre des thèmes (l'amitié virile) et un style (filmer à hauteur d'homme) qui le distinguaient de la plupart de ses confrères. Né en 1896, Hawks réussit, dès son premier film, The Road to Glory, en 1926, à affirmer son élégance virile. Deux ans plus tard, avec A Girl in Every Port, il fait de Louise Brooks le prototype idéal de ses héroïnes androgynes. Pendant quarante-quatre ans il accumulera les chefs-d'oeuvre.

En 1944, Hawks tourne un de ses films les plus célèbres, le Port de l'angoisse (To Have and Have not), d'après Ernest Hemingway. Jules Furthman et William Faulkner signent le scénario, mais c'est Hawks qui est aux manettes. Il signe un contrat exclusif avec une belle inconnue de 19 ans, Lauren Bacall, et lui apprend à bouger et à parler. On sait que c'est pendant ce tournage qu'elle tombe amoureuse d'Humphrey Bogart, mais le plus extraordinaire, c'est que cet amour éclate dans tous les plans et les transfigure.

Moins achevé que le Casablanca de Michael Curtiz qu'il imite un peu, le Port de l'angoisse devient génial dès que Bacall entre en scène. En plus de la fabuleuse scène érotique d'anthologie où elle demande à son partenaire de la siffler, une myriade de séquences de rêve mettent en scène les deux amoureux, leurs jalousies, leurs méfiances, en un magnifique jeu de ping-pong sensuel. Hawks néglige ses histoires de résistants pour se concentrer sur le regard magnétique de celle qu'on appelle à juste titre The Look. Il lui suffit de soulever les paupières pour que la lumière inonde le plan.

Grâce à la complicité du compositeur crooner Hoagy Carmichael, Bacall chante aussi une ballade de sa voix de basse à la Marlene Dietrich. Elle fait même de Bogart, qui est un acteur limité, un modèle d'intelligence et de sobriété.

Louis SKORECKI

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