quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le premier «auteur» de télévision?

Par Louis SKORECKI — 22 février 1997 à 17:08

Il y a plus de quarante ans, les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague inventaient, contre vents et marées, un concept nouveau qui n'allait pas de soi. Il s'agissait d'attribuer au seul cinéaste (si on l'en jugeait digne) le titre d'auteur. Comme un auteur de livres, on lui trouvait des thèmes récurrents, un style, un univers. Malgré les rôles prépondérants du scénariste et du producteur qui avait souvent droit de regard sur le «montage final», ce cinéaste élu (Walsh, Renoir, Mizoguchi ...) était résolument promu artiste et chacun de ses nouveaux films suscitait une passion neuve. La critique et les médias ont, aujourd'hui, entériné la notion d'auteur, alors que ceux-ci, depuis vingt ans, ne sont plus que des fabricants de feuilles de style ou des brasseurs d'idées et de sentiments, jamais les deux ensemble. Au moment où nous entrons dans l'ère du remake, il faudrait donc remettre radicalement en cause la notion d'auteur de cinéma (ou «d'oeuvre») pour revenir, plus modestement, au film par film. Cet ancien phénomène de «l'autorisation d'un auteur à l'être» se retrouve maintenant à la télévision, lieu d'un spectacle populaire méprisé comme l'était jadis le cinéma hollywoodien, en la personne d'un Steven Bochco, producteur de concepts-personnages autant que de formes nouvelles. (1) De Furillo à New York Police Blues, il dynamite le format conventionnel de la série, passant de l'éclatement du héros en une myriade de personnages à une schizo-caméra à bout de nerfs, d'un onirisme rieur et décalé à un ultraréalisme criard. Autant de fureur créatrice et de lucidité, qui font déjà école, encouragent, comme on a misé jadis avec une magnifique morgue, sur Ford ou Tourneur, à parier aujourd'hui sur la télévision speedée de l'inventeur de Hill Street Blues, premier véritable auteur de télévision.

(1) Même si, avant lui, quelques ancêtres et non des moindres, peuvent être considérés comme des «auteurs» primitifs. Par exemple, Hitchcock (Alfred Hitchcock présente, 1955), Rod Serling (la Quatrième dimension, 1959), Quinn Martin (les Incorruptibles, 1959, le Fugitif, 1963, les Envahisseurs, 1967), Everett Chambers (Johnny Staccato, 1959), Leslie Stevens (Au delà du réel, 1963), Gene Roddenberry (Star Trek, 1966), Bruce Geller (Mission Impossible, 1966) Irwin Allen (Au coeur du temps, 1966, Voyage au fond des mers, 1969) Patrick McGoohan, le Prisonnier, 1967), Collier Young (l'Homme de Fer, 1967), Levinson et Link (Mannix, 1967, Columbo, 1968), Abby Mann (Kojak, 1973), Aaron Spelling (Starsky et Hutch, 1975), Donald P.Bellisario (Magnum, 1980; Code Quantum, 1989), Stephen J. Cannell (Baretta, 1975; les Têtes brûlées, 1976) etc.

Louis SKORECKI

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