quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Silence de la mer. Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Par Louis SKORECKI — 26 novembre 1996 à 01:01

En une douzaine de films seulement, Jean-Pierre Melville a réussi à occuper une place à part dans le paysage du cinéma français. Rigoureux, indépendant, audacieux, il a inventé un univers dont se réclament aujourd'hui les cinéastes les plus originaux, notamment aux USA et au Japon. Né en 1918, il découvre les grands burlesques à 6 ans et tourne dès cet âge ses premiers essais. Adolescent, il se nourrit jusqu'à l'ivresse de cinéma hollywoodien. Plus tard, il se découvrira un panthéon de 63 cinéastes américains et une période qu'il adore, entre 1930 et 1937.

Melville fait la guerre dans la cavalerie française, l'armée anglaise, avant de rejoindre les Forces françaises libres. C'est là qu'il s'invente son nom, né de l'admiration qu'il porte à l'auteur de Moby Dick. Dès la Libération, il crée sa propre maison de production. Plus tard, il aura aussi son studio. Il y inventera un style résolument neuf, synthétique, à mille lieues du naturalisme qui triomphe après guerre. C'est sa liberté de ton et son style monocorde proche de Bresson qui feront de lui l'ancêtre de toute la Nouvelle Vague.

En 1947, Melville tourne son premier long métrage, le Silence de la mer. C'est une adaptation fidèle du roman que Vercors avait écrit en 1941. Un officier allemand débarque un jour dans une belle maison française en pleine campagne et s'excuse presque de devoir réquisitionner une chambre. C'est Howard Vernon qui joue avec une force étonnante ce soldat blond, respectueux de la culture française, qui ne s'étonne pas du silence qu'un vieil homme (Jean-Marie Robain) et sa nièce (Nicole Stéphane) lui opposent. Peu à peu, l'Allemand comprend que la barbarie nazie rend la collaboration utopique. Entre l'Allemand et les Français, aucune parole ne s'échange. Une voix off résume les tensions, quelques mots postsynchronisés troublent à peine les mutismes. Dans un découpage rapide, Melville invente une poésie inédite et hachée qui est un hymne à la résistance profonde d'un peuple.

Louis SKORECKI

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