quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Les Cloches de Sainte-Marie. Paris Première, 21 h.

Par Louis SKORECKI — 27 février 1997 à 16:54

Moins connu que Frank Capra (auquel sa carrière fait souvent penser), Leo McCarey est sans doute le plus grand expérimentateur, en matière de comédies et de mélodrames, de l'histoire du cinéma. On en a une preuve de plus avec ces fabuleuses Cloches de Sainte-Marie de 1945, où la religion se mêle avec bonheur à l'humanisme le plus radical. Ancien assistant du méconnu Tod Browning entre 1918 et 1923, McCarey invente le tandem Laurel et Hardy, supervise leur génial Putting Pants on Philip (1929), signe le meilleur film des Marx Brothers, Duck Soup (1933), avant de réaliser, de l'Extravagant M. Ruggles (1935) à Elle et lui (1957), en passant par Ce bon vieux Sam (1948), une vingtaine de chefs-d'oeuvre absolus qui mêlent le rire aux larmes, inextricablement.

Reprenant le beau personnage du Père O'Malley, ce curé chantant qui va si bien à Bing Crosby et qu'il avait lancé avec succès dans Going My Way, deux ans plus tôt, McCarey le confronte à l'intransigeance d'un promoteur immobilier et à la naïveté d'une nonne adorable, jouée par Ingrid Bergman, que Selznick prête pour l'occasion à la RKO. Le cinéaste expérimente ici avec bonheur plusieurs de ses «trucs» familiers. On se souvient dans Elle et lui de ces scènes magiques où les amants, Deborah Kerr et Cary Grant, dînaient dos à dos sans s'en rendre compte, séparés par une mince cloison. Ici, le cinéaste divise son plan en profondeur, un petit chat malicieux jouant avec le canotier de Bing Crosby, également inconscient de ce qui se trame dans son dos. Dans les deux cas, c'est le rire de l'assistance qui avertit, peu à peu, le héros de la comédie qui se joue à son insu.

Au milieu de ces groupes de nonnes surréalistes, McCarey installe à la fois un climat de bonheur et cette sensation de malaise (la gêne admirable dont parlait Noames en 1965 dans les Cahiers du cinéma) qui est au centre de tous ses films. Comme dans Elle et lui, encore, une héroïne, promet, in extremis, de guérir. Pas par amour pour un homme mais par amour pour Dieu. C'est sublime.

Louis SKORECKI

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