quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'homme au bras d'or. Paris Première, 21h.

Par Louis SKORECKI — 16 janvier 1997 à 15:56

Otto Preminger est un très grand cinéaste oublié. Adoré par les MacMahonniens (qui mettaient au-dessus de tout, dans les années 50, Lang, Losey, Walsh et Otto), il est peu présent à la télévision qui n'a programmé, à part le décevant Bonjour tristesse de 1958, qu'un joyau inédit de sa prime jeunesse (Danger, Love at work, de 1937), un film d'avant Laura, la première oeuvre officielle du disciple viennois de Max Reinhardt et d'Ernst Lubitsch. Emigré comme ce dernier à Hollywood, Preminger ne perdit jamais son accent autrichien et yiddisch. En 1955, L'homme au bras d'or est à la fois le meilleur film de Frank Sinatra (qui en a fait de très bons) et l'un des plus étranges (presque plus peut-être que Vertigo) de la si belle Kim Novak. Derrière cette banale histoire de drummer qui n'arrive pas à décrocher de la drogue dure (morphine), se cache l'une des plus belles histoires d'amour de l'histoire du cinéma. Filmée d'une manière ultra-classique en plans séquences patients, cette romance peu conventionelle met en scène le fameux homme au bras d'or (titre au triple sens puisque Sinatra est ici un fantastique batteur de jazz, un junkie dont les piqures au bras lui coûtent presque la vie, et un dealer fabuleux de cartes au stud poker), son épouse paralytique (Eleanor Parker) et sa maîtresse idéalement blonde, Kim Novak. Eleanor Parker se révèlera être une fausse infirme qui mime la paralysie pour retenir son homme au foyer et Kim Novak réussira, in exremis, à faire décrocher le junkie Sinatra en l'enfermant dans une chambre d'hôtel. Une désintoxication particulièrement hard.

Outre la très belle mise en espace de Preminger, on retiendra le noir et blanc dramatique de Sal Leavitt, la musique envoûtante d'Elmer Bernstein, le générique parfait de Saul Bass. Sans atteindre les sommets premingeriens (Laura, 1944, la Rivière sans retour, 1954, Autopsie d'un meurtre, 1959), l'Homme aux bras d'or reste un chef d'oeuvre d'understatement, un vrai mélo urbain comme il ne s'en fait plus depuis quarante ans.

Louis SKORECKI

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