quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'Homme aux fleurs. Arte, 23 h 30.

Par Louis SKORECKI — 21 mars 1997 à 22:57

Paul Cox est un cinéaste précieux, heureusement rare et lointain. C'est toujours d'Australie que nous arrivent des nouvelles irrégulières de sa cinématographie nomade. Précédé, dès lundi dernier, par le très beau Cactus, cet Homme aux fleurs débarque avec la force inédite d'une toute première apparition. Réalisé en 1984, ce film annonce déjà la perfection, heureusement inaboutie, de ce Cactus qui ne verra le jour que deux ans plus tard.

Parenthèse indispensable pour élucider le mystère des fleurs, cette ode aux cactus sauvages est traversée par une apparition inoubliée, Isabelle Huppert en sauvageonne domestique soudain atteinte de cécité. Quel autre aveuglement peut défigurer une fiction avec autant de brusquerie? Cox ne se remettra jamais de cette hardie transgression aux lois de l'hospitalité fictionnelle, qui lui fit un beau jour de 1986 oser poser un non-regard sur celle, enfin, qui ne regardait plus rien. Qui n'en pouvait plus, soudain, de ne plus pouvoir rien regarder. Peu de cinéastes ont eu l'audace de rompre en plein milieu le fleuve de leur fiction, obligeant le spectateur, d'habitude placide, à recommencer à zéro son apprentissage en direct de la comédie qu'il regarde. Harassante césure, horrible cécité, affreuse solitude du coureur de fictions. Tout s'est joué, ici, pour la première et dernière fois, dans un théâtre illuminé de bougies naines.

En regard de cette percée épineuse, l'Homme aux fleurs est forcément une déception. Déception fondatrice, mais déception tout de même. Qu'y lire d'autre que le temps inquiet d'un apprentissage patient? Ici s'estime et se mesure un métrage à venir. Ici s'ébroue en sauts de puce inquiets un drame à peine humain, teinté de mélancolie frondeuse. Détournant soigneusement son sujet initial pour le faire virer voyeur et décevant, Cox fait résonner ses profanes orgues d'église pour notre solitude érogène la plus extrême, celle d'un spectateur «cocaïné» qu'il lâche, heureusement, en cours de film.

Louis SKORECKI

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