quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'Homme de la rue. Paris Première, 21 h.

Par Louis SKORECKI — 6 mars 1997 à 23:46

Bel hommage à Frank Capra sur Paris Première. Alors qu'on se remet à peine de l'éblouissement fondateur d'American Madness, voici que débarquent l'Homme de la rue, La vie est belle et Milliardaire d'un jour , trois autres jalons essentiels d'une carrière exemplaire, sans oublier, jeudi prochain, un beau documentaire sur lequel nous reviendrons. Plus connu sous son titre original (Meet John Doe), l'Homme de la rue est très important dans l'oeuvre de Capra, car il contient à la fois les promesses audacieuses des débuts (sécheresse humaine, ellipses, générosité fictionnelle) et le germe de la «décadence» qui s'annonce, et qui culminera dans certains films aux discours démagogiques et populistes.

Pour le moment, Capra s'attache encore à démasquer le réel. Dans une intro virtuose, il montre une petite journaliste sur le point d'être virée (Barbara Stanwyck) qui invente, en trois secondes, sur une machine à écrire crépitante derrière laquelle ses yeux clignotent d'ironie, ce personnage fabuleux, John Doe, un homme de la rue désespéré, au chômage, menaçant de se tuer la veille de Noël. Un suspense malin recule le moment où, dans une foule anonyme de clochards, la journaliste sélectionne Long John Willoughby, ancien joueur de base-ball affamé, pour personnifier ce John Doe imaginaire. Personnage en creux, Doe n'existe tout au long du film que grâce à la candeur extraordinaire de son interprète, le craquant Gary Cooper. Et aussi grâce à son envers complice, le vagabond Walter Brennan, misanthrope, méchant, détestant les «vautours» et les hommes riches qui l'empêchent d'errer en paix. Avant que l'amour réunisse en mélo neigeux Cooper et Stanwyck, on sera passé par des discours à la fois émouvants et populistes, autour des clubs fiévreux qui encouragent John Doe dans son éloge de la camaraderie militante. Ce film trop long (American Madness faisait 1h15), qui dénonce un peu facilement les trafics politiciens, est néanmoins d'une énergie fictionnelle à couper le souffle.

Louis SKORECKI

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