quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'Important c'est d'aimer. 22.35, C+.

Par Louis SKORECKI — 3 février 1997 à 22:14

Dire du bien d'un film d'Andrzej Zulawski ne relève-t-il pas de l'hérésie? Né en Ukraine en 1940, ce cinéaste polonais à peine plus jeune que son compatriote Roman Polanski (né en 1933) a opté, comme lui, pour une carrière polonaise puis occidentale. Ancien assistant du maître roublard, Andrzej Wajda (né en 1926), Zulawski signe successivement la Troisième Partie de la nuit (1971) et le Diable qui sera bloqué en Pologne par la censure. C'est en 1974 qu'il met en scène à Paris l'Important c'est d'aimer, premier film d'une série à la fois remarquée et descendue par la critique en raison de ses enflures narratives, de son baroque de pacotille, d'une provocation facile.

Pourtant, à la différence des films qui suivront (exception faite de Sur le globe d'argent, interdit par les autorités polonaises en 1977), c'est-à-dire chronologiquement Possession (1981, avec Isabelle Adjani), la Femme publique (1984, avec Valérie Kaprisky), l'Amour braque (1985, avec Sophie Marceau), Mes Nuits sont plus belles que vos jours (1989), Boris Godounov (1989) et la Note bleue (1991), ce très étrange l'Important, c'est d'aimer tient étrangement bien la route. Grâce à une distribution très pointue, Romy Schneider dans son meilleur rôle depuis des lustres, Jacques Dutronc, très étrange en cinéphile collectionneur et Fabio Testi inquiétant d'intelligence virile, Zulawski parvient à propulser cette adaptation convenue d'un roman de Christopher Franck, la Nuit américaine, vers des sommets de sentimentalisme ombrageux.

Si le film reste aussi neuf en 1997, soit plus de vingt ans après son tournage, c'est qu'il improvise plutôt audacieusement sur les frontières indécises qui séparent les sexes. Personnage introverti et suicidaire, Dutronc incarne ici à merveille ce personnage d'«homme fragile» que les féministes des années soixante ont réclamé à cor et à cri. Il justifie à lui seul la longévité d'un film par ailleurs intéressant par ses dérives jalouses et paranoïaques.

Louis SKORECKI

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