quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'Intrus. Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Par Louis SKORECKI — 11 décembre 1996 à 03:15

En moins de huit jours, c'est le deuxième film un peu oublié de Clarence Brown que nous présente Ciné Cinéfil. On peut ainsi commencer à réévaluer ce cinéaste qui est surtout connu aujourd'hui pour les sept films qu'il a tournés, entre 1926 et 1937, avec la merveilleuse Greta Garbo. On comprendra vite qu'il n'est pas, comme l'ont un peu vite écrit les historiens du cinéma, l'homme à tout faire de la MGM. Mort presque centenaire en 1987, Clarence Brown n'a pas cessé de tourner entre 1920 et 1952, et nombre de ses films sont à découvrir.

Brown a 60 ans quand il signe en 1949 l'Intrus (Intruder in the Dust), une très belle et très étrange adaptation du roman de William Faulkner. Avec deux ou trois détails (la cloche d'une église, quelques figurants à l'accent traînant du Sud, un coiffeur pittoresque), il brosse le décor dans lequel l'aventure va avoir lieu. Des hymnes entêtants tiennent lieu de bande-son. On a compris, sans qu'il soit besoin de l'expliquer, qu'on est dans un patelin perdu du Mississippi, un de ces endroits surgis du fond de l'histoire où les Noirs vivent encore dans l'ombre des Blancs qui font régner leur loi.

Devant des visages muets pleins de haine, le shérif conduit un grand Noir à la prison. Les voix anonymes répètent qu'il a tué un homme. L'idée formidable de ce thriller sudiste, c'est de démonter peu à peu les rouages qui ont conduit toute une population à condamner un innocent.

Trois personnes vont peu à peu prendre le parti de Lucas Beauchamp, ce Noir illettré qui se terre dans un silence complet et refuse même de se défendre: un jeune garçon, un avocat débutant et une vieille dame. Quelques flash-backs mystérieux nous aident à comprendre la psychologie de Lucas, un fermier fier qui se méfie de l'arrogance des Blancs. C'est pourquoi il laisse le jeune garçon, pas encore formé totalement à la haine raciale, découvrir peu à peu le mystère qui entoure le meurtre. Dans ce film au lyrisme éclaté, la vérité surgira des marais, réunissant pour un temps deux communautés séparées par l'ignorance et la haine.

Louis SKORECKI

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