quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Lola. Paris Première, 22h15.

Par Louis SKORECKI — 18 février 1997 à 17:27

Même si l'on décide, ce qui serait hardi par les temps qui courent, de rester insensible à la mièvrerie militante de Jacques Demy, on ne saurait résister au charme cinémascope de son premier film, Lola. Compagnon de route des Cahiers jaunes, Demy s'était exercé dès 13 ans aux charmes du cinéma avec une Pathé Baby préhistorique. Formé à l'école des beaux-arts de Nantes et à l'enseignement technique du cinéma à Vaugirard, il s'essaye un temps à l'animation aux côtés de Paul Grimault, avant de devenir assistant de Georges Rouquier, documentariste paysan de première importance, qui produit d'ailleurs son premier court métrage, le Sabotier du val de Loire, en 1956. Agé de 25 ans, le cinéaste y revient sur les lieux de son enfance, attentif aux moindres gestes d'un artisan dont l'art est voué à disparaître. L'année suivante, Demy adapte astucieusement le Bel Indifférent de Cocteau, avec un usage immodéré des couleurs expérimentales et du plan-séquence.

Quatre ans plus tard, il ose enfin son premier long métrage, l'histoire d'une fille qui veut rester fidèle à un amour d'enfance. C'est l'enchanté Lola, première esquisse minimale des comédies musicales à venir, sans l'emphase, les ornements, la couleur.

Trois ans avant les Parapluies de Cherbourg, six ans avant les Demoiselles de Rochefort, Demy donne à la sublimement barbaresque Anouk Aimée un rôle d'entraîneuse prisonnière de ses rêves d'amour, susurrant à la dérobée son fragile «C'est moi, c'est Lola.» Avec quelques acteurs presque inconnus: Marc Michel, dans le rôle de l'amant impossible, Corinne Marchand, en copine de cabaret, Demy réussit une fresque nantaise tout en nuances et clairs obscurs (Coutard), lyrique et jamais naturaliste. Dédié à Max Ophüls, dont le Lola Montès le fascina longtemps, Lola s'attarde longuement sur le fils de l'héroïne, un gamin né de ses amours illégitimes. Comme ce gamin, le film musarde en musique, refusant avec génie de devenir ce que deviennent tous les films du monde, un film adulte.

Louis SKORECKI

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