quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

M6, 19h. «Code Quantum», série culte, western d'anticipation. Aux frontières du fantastique.

Par Louis SKORECKI — 20 janvier 1997 à 15:44

Heureusement rediffusé par Série Club puis par M6, Code Quantum est loin d'être en France le phénomène culte qu'il est depuis sa première diffusion, il y a sept ans, aux USA. Les «leapers», du nom du titre original Quantum leaps (littéralement «bonds dans le temps»), ont fondé, outre-Atlantique, nombre de fan clubs plus ou moins sauvages qui relayent le succès étonnant de ce mélange de science-fiction et d'humanisme. Créé par Donald P.Bellisario, dont le plus grand titre de gloire fut le fameux Magnum, Code Quantum raconte les dérives d'un héros solitaire, joué par l'excellent Scott Bakula, dans les méandres du passé. L'expérience «Code Quantum» ayant raté, il se trouve condamné à errer dans la peau de différents personnages, le temps d'un épisode. Astuce supplémentaire: Bakula habite le corps d'un homme ou d'une femme nouveau(elle) à chaque fois, le reflet de cette personne dans un miroir l'identifiant systématiquement au début de chaque nouvelle série. Pour l'aider à se dépatouiller de ces identités empruntées mais forcées, l'hologramme de son copain, joué par le wendersien Dean Stockwell, lui communique des informations sur la destinée de ceux qu'il «habite». La morale de Code Quantum, c'est qu'on ne peut jamais vraiment modifier la destinée d'un être humain. Si Bakula réussit à infléchir le cours d'une vie, ce n'est jamais que de manière mineure ou anecdotique. Ainsi, quand il se trouve «réincarné» dans son propre personnage, vingt ans plus tôt, il ne réussit pas plus à convaincre son grand frère de ne pas aller se faire tuer au Viêt-nam (il connaît la date fatidique où il mourra) qu'il ne convaincra son père de manger moins gras et de faire du sport pour éviter son décès fatal. Loin des effets faciles de la Machine à remonter le temps (1960) et autres films hollywoodiens d'anticipation, Bellisario a imaginé une pauvre créature humaine qui n'en peut plus de se réincarner tant et tant de fois dans des identités nouvelles. Il aspire à en finir avec ce cycle infernal des réincarnations et son hologramme d'ami l'aidera, dans la mesure de ses pauvres moyens (un mini-ordinateur branché sur le présent du centre d'essai Quantum) à terminer sa carrière de redresseur de torts fatigué. On a ici l'image nouvelle d'un western d'anticipation qui tranche, heureusement, avec les conventions de l'un et l'autre genre.

Les épisodes les plus émouvants de cette série sont ceux où Bakula se glisse dans le corps d'une femme sur le point d'accoucher, ou dans la peau d'un enfant perdu, voire d'un pauvre Noir abandonné. Si la force de Magnum était d'introduire le commentaire off du héros dans la fiction (le projetant ainsi dans les limbes de l'imaginaire et du délire), celle de Code Quantum est, au contraire, de réintroduire les effets de réel dans une trame délirante et féerique. Là où Magnum réussissait le pari impossible du flash back onirique (essentiellement des images subliminales de la guerre au Viêt-nam du vétéran Thomas Magnum), Code Quantum parvient à distiller du pathétique et de l'humain dans ses limites fictionnelles, celle du scientisme féerique. Marqué par ses expériences en ex-Indochine, Bellisario n'a plus réussi, après le succès inattendu et unique de Magnum , qu'à créer des gadget guerriers comme Supercopter. Avec Code Quantum, il fait oublier ses feuilletons virils et patriotards, revenant à une vision plus documentaire de l'Amérique des classes moyennes.

Louis SKORECKI

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