quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Maroc, corps et âmes. Planète, 23 h 15, docu. Postman. Arte, 23 h 25, film. Mots de la psychanalyse. La 5e, 9 h 30, magazine.

Par Isabelle POTEL et Louis SKORECKI — 14 février 1997 à 21:35

Maroc, corps et âmes

Planète, 23 h 15, docu. En dépit d'une caméra paresseuse, de magnétos rêveurs et d'une mise en scène robotique, Izza Genini a fait un bijou du huitième épisode (24') de sa série, sous-titré Chants pour un shabbat, sur les chants religieux des juifs marocains, occupés ici à célébrer leurs retrouvailles du vendredi soir avec Dieu. Sous la direction du rabbin Haïm Louk, merveilleux hazzan dont la voix virevolte dans l'ornementation la plus aiguë, un groupe de chanteurs fait tournoyer ses prières musicales vers le ciel. En dépit d'images touristiques inutiles, le docu se fait l'écho de ces chants judéo-arabes qui traversent les âges du haut de leur mélancolie virtuose. Assis en rond, plongés dans leurs psalmodies fiévreuses, les officiants mettent dans leurs chants en araméen et en hébreu toute leur nostalgie du pays perdu, ce Maroc des mille et une nuits enfuies, des mille et une prières retrouvées.

Postman

Arte, 23 h 25, film. Ouvrir des lettres adressées à autrui, c'est déjà tout un programme, quand l'auteur de l'indiscrétion n'est autre que le facteur, ça devient intriguant, si en plus ça se passe en Chine, c'est fascinant. On peut compter sur Arte pour dégotter des inédits qui, malheureusement, passent souvent mal à la télé. Il faut pas mal de masochisme pour dépasser le premier quart d'heure de Postman (1994), de He Jianjun, qui démarre à la lenteur d'un escargot malade. Tout en longs plans silencieux (la censure génère toutes sortes d'esthétismes), cette chronique de fin d'adolescence mérite pourtant qu'on s'accroche: elle trouve soudain une troublante force d'évocation dans l'opposition entre les voix off échappées de l'intimité des lettres ouvertes par effraction et le scattaco terrifiant du tampon de la poste sur le courrier en transit, rappel omniprésent de la chape de plomb policière qui estampille la vie chinoise d'une marque indélébile.

Mots de la psychanalyse

La 5e, 9 h 30, magazine. La psychanalyse n'a pas attendu la pédagogie pour imprégner nos modes de pensée, avec des résultats plus ou moins heureux, comme ce symptomatique «quelque part» qui traîne aussi bien dans la rue («quelque part j'ai les boules») que chez les hommes politiques et autres spécialistes de la communication. Ce «quelque part», aveu d'imprécision parfait, pauvre hommage à Freud, atteste certes de la nécessité de faire un peu le ménage. Mais une série vulgarisatrice en vingt épisodes de treize minutes chacun, c'est évidemment vouloir faire rentrer l'inconscient dans un dé à coudre. Chaque épisode correspond à un mot (hypnose, hystérie, etc.) qui est confié aux soins explicatifs d'un praticien (Alain de Mijolla, François Roustang, Jacqueline Schaeffer, Marilia Aisenstein) filmé en plan fixe dans l'austérité de son cabinet, de quoi faire flipper les postulants au divan et passer la psychanalyse pour un vieux machin démodé (la séduction ici est pourtant primordiale, voyez Lacan). Des choses passionnantes sont bien évoquées (comme cette parole de la cure analytique qui «se moque du sens») mais trop rapidement. On rêve plutôt de grands débats confus où les psys laveraient leurs linges théoriques en public.

Isabelle POTEL , Louis SKORECKI

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