quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Milliardaire pour un jour. Paris Première, 21h00.

Par Louis SKORECKI — 20 mars 1997 à 23:01

Les derniers jours d'un cinéaste aimé sont toujours émouvants, mais ses derniers films le sont plus encore. Frappé d'une étrange maladie, Frank Capra fut entraîné trop jeune à l'écart de ces studios qu'il affectionnait tant. Avant de prendre cette retraite trop précoce, il eut la chance de signer, en 1961, ce film tardif et méconnu, Milliardaire pour un jour.

Interprété par Glenn Ford, acteur particulièrement mal aimé en France, ce mélo criard raconte en couleurs saturées l'histoire d'une clocharde qui se fait passer pour une grande dame. Remake inquiétant de Lady for a Day, ce Pocketful of Miracles (on préférera ici la grâce allusive du titre original) insiste sur la personnalité farfelue d'une misérable créature, interprétée avec un rien de panache excentrique (ou excentré?) par une Bette Davis au sommet de sa forme cabotine. Cette pauvre femme doit absolument tenir, pour de bon, le rôle de l'aristocrate qu'elle prétend être, car sa fille adorée (adorable Hope Lange) est sur le point d'épouser un réel aristo, dont la famille, espagnole, vient vérifier le pedigree. On voit comme tout cela est joyeusement compliqué. Grâce à un gangster ludique (le beau Glenn), la vieille Bette répète donc son rôle, se préparant malicieusement au pire.

On a dit trop de mal de ce film. On a dit trop de mal des derniers films de Walsh (fabuleux Distant Trumpet avec un Troy Donahue méprisé) et surtout de Ford (inégalée Frontière chinoise au féminisme outrancier). Toute oeuvre ultime d'un «auteur» reconnu, aimé, mérite une double attention. C'est donc avec le respect qu'on doit aux oeuvres en train de disparaître, littéralement, de notre champ de vision, qu'on doit aborder Milliardaire pour un jour. Ses maladresses sublimes confinent au génie mourant. Ses préciosités infinies exigent notre hospitalité. Pour que le dernier Capra ne demeure à jamais exilé. Seul notre oeil amoureux redonnera vie à ce tendre livre refermé.

Louis SKORECKI

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