quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Mina Tannenbaum. Ciné Cinéma, 22h25.

Par Louis SKORECKI — 12 février 1997 à 21:44

Après avoir été programmé sur TV5, Mina Tannenbaum repasse opportunément sur Ciné Cinémas. Occasion de signaler le charme un peu désuet de cette fresque néoféministe sur l'amitié et le désenchantement. A Montmartre, au milieu des années 60, deux fillettes juives se lient d'amitié. Mina Tannenbaum cherche à échapper à l'austérité introvertie de sa famille, Ethel Bénégui tente plutôt de fuir les débordements d'affection de la sienne. De leurs origines aussi étouffantes, elles tireront, au cours de leurs deux vies que le film s'acharne à raconter par le biais décalé d'une cousine, astucieusement rejetée de l'intrigue, une énergie farouche à exister par elles-mêmes.

Réalisé en 1994 par une débutante plutôt douée, Martine Dugowson, ce film doit aussi à ses deux producteurs, Georges Benayoun et Paul Rozenberg, qui avaient mieux réussi jusqu'alors en télévision (quelques séries new wave mais, surtout, Tous les garçons et les filles, cet ensemble audacieux réalisé sous la houlette de Chantal Poupaud) qu'en cinéma (le premier long métrage d'Alex Métayer et quelques films vite oubliés). Aussi loin de la mièvrerie télé que de la chochotterie parisienne des films de débutants, Mina Tannenbaum réussit, grâce à un filmage frontal minimaliste et à la grâce adolescente de ses deux interprètes, Elsa Zylberstein (Ethel) et Romane Bohringer (Mina), à intéresser les spectateurs à ses méandres amoureux particulièrement décevants. De la vie sentimentale de ces deux grandes filles baba-cool, on n'aperçoit en effet que ratages, défaites, débandades. C'est là un effet daté de son féminisme juif, qui donne la bonne place aux passions impossibles, au sexe interdit, aux hommes trop lointains ou trop fragiles.

Si on compare Mina Tannenbaum aux premiers films français qui inondent le marché, Mina a sur eux une supériorité évidente, celle de privilégier la justesse romanesque de ses dialogues aux effets un peu faciles de signature. Autant de qualités discrètes qui font qu'on attend impatiemment le second long métrage de Martine Dugowson.

Louis SKORECKI

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