quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Muriel ou le Temps d'un retour. 20h45, Arte.

Par Louis SKORECKI — 3 mars 1997 à 23:57

Alain Resnais a 75 ans, ce que la vivacité oblique de son cinéma aurait tendance à nous faire oublier. Carrière exemplaire, fluide et complexe à la fois. En plein milieu de cette carrière, en 1963, le film que beaucoup considèrent comme son chef-d'oeuvre, Muriel, au sous-titre éclairant: le Temps d'un retour. Cinéaste inclassable, ancêtre peu revendiqué d'une nouvelle vague ingrate, il balise, depuis son Gauguin et son Van Gogh de la fin des années 40, un espace peu fréquenté par le cinéma, celui des mondes artificiels et de leur reconstitution. Attiré dès l'enfance par le roman-feuilleton, les comics, le serial américain, il tourne à 13 ans en super-8 une adaptation inachevée de Fantômas. Il ne cessera sa vie durant, d'une manière ou d'une autre, d'essayer de terminer ce film prémonitoire.

A l'image de Jean-Christophe Averty à la télévision, Resnais est un anticinéaste. Ce qui l'intéresse, c'est la cire derrière les masques, la rigidité cadavérique des statues autant que celle des hommes.

S'il est le seul à avoir fait figurer pour de bon l'horreur nazie (Nuit et brouillard, 1955), c'est qu'il portait déjà en lui, contre toute attente, la possibilité même de cette horreur indicible. Fondamentalement antinaturaliste dans son amour inconsidéré du corps artificiel, Resnais va l'explorer en virtuose depuis la répétitivité durassienne d'Hiroshima, mon amour (1959) jusqu'au théâtre défait de Smoking/No Smoking (1993), en passant par le jeu figé de l'Année dernière à Marienbad (1961) ou les expériences animales de Mon oncle d'Amérique (1980). Mais c'est peut-être dans Muriel que sa recherche obsédante du temps artificiel trouve son achèvement absolu. Deux histoires s'y heurtent, les retrouvailles frigides de deux amoureux trop «grimés» et le récit traumatisé d'un retour d'Algérie. Traumatisme d'une guerre injuste, cicatrices d'une passion enfuie, l'art éclaté de Resnais transcende ici le réalisme banal des fictions frileuses.

Louis SKORECKI

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