quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Oublie-moi. Ciné Cinémas, 20h30.

Par Louis SKORECKI — 11 février 1997 à 21:46

On a beaucoup parlé, à l'occasion de sa sortie il y a deux ans, du premier film de Noémie Lvovsky. Avec le recul télé, que peut-on penser de cet Oublie-moi hyper médiatisé? Si la nouveauté du film ne vient pas de son excessif bavardage (Audiard père et Blier fils n'ont, après tout, pas cessé d'alimenter cette veine), cet excès est, précisément, ici, symptomatique d'un autre malaise, celui qui conduit une jeune fille (l'héroïne) à ne pas réussir, tant elle parle et parle, à se faire oublier, comme le titre nous en prévient très gentiment. Il y a une obscénité maladive des dialogues, minimaux, répétitifs, hachés, que Lvovsky réussit à dé-naturaliser avec rage et tendresse, en particulier grâce à une utilisation dynamique du son direct (parasité par les bruits parisiens) et à un usage non moins rythmique du débit des comédiens. Il faut saluer la justesse de la direction d'acteurs, presque bressonienne de douceur rentrée, relayée par la fraîcheur relative d'interprètes pas trop marqués, encore, par le cinéma. C'est ainsi que Valeria Bruni-Tedeschi renouvelle sa performance, à la limite de la folie et de l'aphasie, commencée dans Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel. Elle est l'héroïne frustrée de ce film à la dérive, confrontée à un ancien amour qu'elle refuse d'abandonner (Laurent Grevill), un nouvel amour qui n'en est pas un (Emmanuel Salinger), un amant impossible (Philippe Torreton) et une copine qu'elle abandonne (Emmanuelle Devos).

Dans ce film à bout de souffle où les silences sont miraculeux, où les mots se chevauchent rageusement, où la caméra refuse de se livrer à un champ-contrechamp réducteur, les trajets sont réduits au strict minimum, depuis les couloirs de métro de l'intro virtuose aux portes cochères vides, en passant par des cabines téléphoniques qui sont autant de feux rouges sur la ligne du désespoir. Au bout du fil (et du film), un inconnu, variation imaginaire de l'amoureux idéal, finira par signifier un désir impossible de rencontre sur lequel se clôt l'aventure. On attend impatiemment la suite.

Louis SKORECKI

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