quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Trésor de Cantenac. Ciné Cinéfil, 18 h 55.

Par Louis SKORECKI — 5 mars 1997 à 23:48

Sacha Guitry est l'auteur d'une oeuvre singulière, emphatique et théâtrale, qui retrouve par de singuliers détours les chemins de l'art le plus moderne. On a tenu longtemps cette oeuvre pour négligeable, au nom du néoclassicisme affirmé de l'auteur et de son jeu (d'acteur, de scénariste) très outré. On lui a aussi reproché ses positions conservatrices en matière d'art et de politique, alors que derrière ses films se cache un univers hardi, presque radical, souvent méconnu. D'ailleurs, si les films de Guitry vieillissent aussi bien, c'est qu'ils ont aujourd'hui, à la télé, plus encore qu'hier au temps où Godard les encensait dans les Cahiers, un charme pervers et daté qui les rend mordants et uniques.

Du théâtre, Guitry emprunte l'artifice, jusqu'à le rendre plus réaliste, dans son hiératisme même, que tous les films pseudo-réalistes qui obscurcissent notre vision. La sienne est claire, dégagée, résolument frontale et contemporaine. Dans le Trésor de Cantenac, par exemple, ce film «mineur» de 1950, Guitry réussit à faire d'un conte provincial une féerie moderne. Le générique est déjà tout un poème: un inconnu frappe à la porte du cinéaste, se présente comme le curé de Cantenac. Guitry écoute son histoire, réclame ses collaborateurs («Voulez-vous me faire venir une technique complète?»), engage Pauline Carton pour jouer la bonne du curé et Jeanne Fusier-Gir pour interpréter la mercière. Alors que défilent devant le maître, en robe de chambre, imperturbable, tous les habitants du village, celui-là annonce qu'il interprétera lui-même le rôle, central, du baron de Cantenac.

Après cette entrée en matière éblouissante de préciosité, il n'y a plus qu'à écouter, littéralement, ces images glissantes, cette histoire d'un village qui se meurt, d'un baron sur le point de se suicider, du trésor de Cantenac qui lui fait différer son geste. Ne manque plus que l'histoire d'amour qui traverse les âges, suivie de la résurrection de Cantenac, de son baron, de ses «gens». Si la fin n'est pas aussi belle que l'intro, elle boucle le film sur lui-même, comme une ritournelle paysanne.

Louis SKORECKI

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