quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Qu'est-ce que j'ai fait..? Paris Première, 22 h 25.

Par Louis SKORECKI — 25 février 1997 à 17:04

En 1984, avec ce mélo criard, Pedro Almodovar est encore un cinéaste inspiré. Si on peut faire la fine bouche devant les facilités kitsch de ses films plus récents, Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), Attache-moi (1989), Talons aiguilles (1991) ou encore Kika (1993), il est difficile de résister au charme délirant de Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça? Almodovar y retrouve la fougue innocente de ses premiers essais en super-8 et le rythme insolite du Labyrinthe des passions (1982). Les premières images de ce film sont époustouflantes: après un combat au bâton entre deux karatékas, l'un des deux hommes enfile littéralement, violemment une femme sous la douche. Du haut du jet, comme dans Psychose, la caméra enregistre ce coït sans broncher. On voit ensuite l'homme nu, penaud, traînant tristement sa petite bite comme un remords. Et la femme entre dans le champ vide, et fait quelques gestes d'arts martiaux dérisoires avec le bâton abandonné, sur une chansonnette allègre.

Cette femme, jouée magnifiquement par Carmen Maura, est la triste héroïne de ce beau conte urbain. Et si la chansonnette est en allemand, c'est que le mari de Maura, un chauffeur de taxi méchant, est nostalgique de ses amours teutonnes avec une néo-nazie, à Berlin il y a une dizaine d'années. A partir de ce début presque fassbinderien, Almodovar nous entraîne dans une fresque à facettes multiples, dans le HLM de banlieue où Maura, femme sous amphétamines, vit avec son mari qui la délaisse, son jeune fils qui s'encanaille avec de vieux pédés, et la grand-mère nostalgique de son village qui recueille un lézard vert qu'elle appelle «argent» parce qu'elle est radine. Transformant ces outrances en tendres portraits, le cinéaste réussit une sorte de ciné-télé-novela frénétique et nostalgique à la fois, qui traite aussi bien de la frustration féminine que de l'ambition des hommes. Comme pour se critiquer lui-même à l'avance, Almodovar (qui chante ici en play-back soap) dégomme au passage l'exhibitionnisme et l'art du faussaire.

Louis SKORECKI

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