quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Réminiscences d'un voyage en Lituanie. Arte, 0 h 40.

Par Louis SKORECKI — 12 mars 1997 à 23:25

Alors qu'on célèbre à Paris ce grand cinéaste oublié, Arte programme dans sa judicieuse Lucarne le film le plus impressionnant de Jonas Mekas, Réminiscences d'un voyage en Lituanie. Achevée en 1972, cette fresque éclatée détaille, sous le mode de l'autobiographie expérimentale, le parcours atypique d'un réfugié éternel. Si l'on sait, ne serait-ce qu'un peu, les contributions essentielles de Mekas à la revue Film Culture et à la création d'une cinémathèque underground à New York, l'Anthology Film Archives, on oublie souvent, parce qu'on les voit peu, les apports uniques de ses films. Occasion, ici, de retrouver ce maître incontesté de Robert Frank (en photos, en films), capable de détailler en images sautillantes son propre trajet d'artiste immigré. De sa voix aigre et prophétique, comme un grelot avertisseur, Mekas prévient l'humanité des catastrophes qui la menacent. S'agissant d'une bande-son si primitive et si travaillée, on a envie d'y lire un commentaire à la première personne souffrante, la rage humiliée du cinéaste impossible. Du projet lui-même impossible. Du film unique à venir (Blanchot). Du film des ressemblances erratiques (Jabès). Mekas commente, d'une voix qui échappe à la scansion imposée du commentaire, avec le rythme unique du ressassement de l'éternelle question (pourquoi je ne serais jamais qu'un immigré en transit, en souffrance, dans ces Etats désunis d'Amérique), ses propres et maigres images ­ dans le désordre, une centaine de flashes en couleur qui datent le retour en URSS et le surgissement d'une vieille mère jamais oubliée, des arrêts magiques sur les immigrés des années 50 à New York, littéralement premiers venus, accompagnés de musiques primitives et rafistolées, de retours ivres à l'Allemagne en feu (Vienne qui brûle ou les derniers plans impossibles d'une impossible conclusion), de parenthèses éblouies sur des questions triviales (moi, ici et là), autant de sautes d'images (rapides) et de poétique narration (lente), splendide retour à l'art ébloui du film d'amateur trituré, paisible réconciliation avec le cinéma-mémoire.

Louis SKORECKI

Nenhum comentário:

Arquivo do blog