quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Rhapsodie en août. Ciné Cinémas, 18h50.

Par Louis SKORECKI — 21 janvier 1997 à 15:40

Réalisé en 1991, Rhapsodie en août est l'avant-dernier film de l'un des derniers maîtres du cinéma, le vieux Kurosawa Akira, âgé aujourd'hui de 86 ans. Sa carrière exemplaire, commencée dès 1943 par le très beau Légende du grand judo, s'est prolongée pendant cinquante ans avec régularité jusqu'au final Madadayo de 1993. Seule interruption dans une oeuvre respectueuse des traditions (surtout celle du grand Mizoguchi, auquel il s'oppose cependant, de la même manière que le kabuki s'oppose au nô), celle qui suit la réalisation de son chef-d'oeuvre maudit, Dodescaden, en 1970, dont l'insuccès public conduit Kurosawa à une tentative de suicide. Il attendra cinq ans avant d'accepter une production commerciale russo-japonaise, Dersou Ouzala, dont il fait une merveille de légèreté aventureuse.

Connu du grand public par ses westerns préspaghettis, où le sabre remplace le colt et qui inspirèrent John Sturges et Sergio Leone (les Sept Samouraïs, 1954, Yojimbo, 1961, Sanjuro des camélias, 1962), Kurosawa réalise ses meilleurs films entre 1948 (l'Ange ivre) et 1952 (Vivre) en passant par Rashomon (1950) et l'Idiot (1951). Mais s'il mérite d'entrer dans la grande histoire du cinéma, c'est pour son seul film vraiment ivre, le fabuleux Dodescaden, qui ne fut jamais imité ni égalé par personne, au Japon ni ailleurs.

Rhapsodie en août raconte les souvenirs d'une délicieuse grand-mère, profitant de la visite de ses 4 petits-enfants, chez elle, dans la banlieue de Nagasaki, pour évoquer des thèmes chers à Kurosawa, la critique du Japon moderne, la dénonciation de l'horreur nucléaire, l'exaltation des traditions ancestrales, la foi en la jeunesse. D'un classicisme avoué qui rappelle Ozu, ce film d'une grâce mélancolique et mortelle, que ne vient alourdir aucun flash-back (tout se passe dans un présent éternel), se regarde comme un rêve. Richard Gere vient y faire un brin de figuration intelligente, dans le rôle d'un américain qui sait parler le japonais, celui du bouddhisme zen et de la sagesse nippone.

Louis SKORECKI

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