quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Samba Traoré. F2, 0h00, film.

Par Louis SKORECKI — 7 mars 1997 à 23:44

Tout se joue ici dans les toutes premières secondes. Comme dans un western d'Howard Hawks, deux hommes seuls avancent dans une rue déserte. Comme dans Rio Bravo, ils attendent quelque chose qu'ils redoutent en même temps.

Ils se séparent, se retrouvent devant un pompiste en jaune criard. Coups de feu. Confusion. Une valise pleine de billets de banque est volée. Reprise par le compère du pompiste. Reprise encore par le voleur seul survivant. Qui fuit à bout de souffle. Quand on se retouve sur la route du village de brousse, on cadre en plan serré un gros noir musclé. Mais qui est-il? Le voleur ou le volé?

Samba Traoré raconte le retour au village de l'un des deux rescapés de cette fusillade première, le fameux Samba Traoré annoncé par le titre. En hommage oblique au grand cinéma classique hollywoodien perdu, Idrissa Ouédraogo emprunte à Hawks et à Ford des formules qu'on croyait oubliées. Sans être dupe du piège du remake ou de la citation, il dynamise cet art du plan séquence frontal et guerrier dans une saga rurale et inquiète. Utilisant ici et là les complaintes jazzy de Faton Cahen ou les ritournelles africaines de Lamine Konté, il donne au cinéma burkinabé ses lettres de noblesse, après les épopées enfantines du grand ancêtre Gaston Kaboré. En refusant l'héritage soviétique (Dovjenko, Barnett), il évite le piège du «message politique ou social» dans lequel tombent souvent les Africains trop généreux ou naïfs, préférant s'impliquer dans les travellings magiques d'Anthony Mann ou Raoul Walsh. Samba porte sa mère trop légère dans ses bras puissants, dans une danse à peine ivre. Avec sa nouvelle fiancée, la très belle Saratou, sur la charrette gagnée à son futur compère (avec lequel il fera un couple Laurel et Hardy), il s'avance en wagon même pas bâché. Mais on sait maintenant que c'est lui, le voleur. Comment réconciler ce larcin initiatique et sa nouvelle vie apaisée? Ouédraogo s'invente des réponses inédites, lyriques, loin du ressassement inévitable des fictions africaines.

Louis SKORECKI

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