quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Télé. Le petit écran fait le grand. L'illusion cinéphilique

Par Louis SKORECKI — 14 mars 1997 à 23:20

Il y a vingt ans, sous le titre «Contre la nouvelle cinéphilie», les Cahiers du cinéma critiquaient sèchement une certaine tendance du cinéma français, tant du côté «auteurs» (faiseurs de feuilles de style) que du côté «spectateurs» (vaches molles et dégénérées). Des noms cités, une argumentation développée sur 40 pages serrées. S'il fallait résumer d'une seule phrase la conclusion, forcément décevante, de ce trop long texte, la voici: on affirme, là, haut et fort, que la télévision, femelle, concierge, sale ­ une «merde» au sens propre ­, est, avec des lumpen feuilletons (Columbo) ou des talk shows ringards (Bill Cosby) le seul avenir possible de son homme, le cinéma. Aujourd'hui (n'est pas prophète qui veut), rien n'a hélas changé. La sale télévision, et elle seule, est toujours, avec Paul Rozenberg et Chantal Poupaud (Tous les garçons et les filles de leur âge), Steven Bochco (Hill Street Blues, New York Police Blues), Derrick, voire Navarro, ou Hélène et les garçons, le lieu ultime de la création.

Cette sauvage idée, aujourd'hui encore complexe (difficile à résumer en une seule phrase «concept», sous un seul angle affiné), on la retrouvait hier, cyniquement recyclée sur trois chaînes (Arte, TMC et Paris Première) mais surtout, aujourd'hui et demain, «récupérée» dans la vidéo de collection. C'est ainsi que HK, gamme de raretés de Hong-kong, se présente sous ce résumé vendeur: «Satisfait le perfectionnisme légitime de la nouvelle cinéphilie». Et c'est d'Hollywood, à propos de la ressortie de Star Wars revisité en numérique, que vient toujours le message: «Redécouvrez-le enfin pour la première fois.»

Mais pourquoi est-ce toujours de Hollywood que vient la seule idée pertinente du remake, envisagé comme fulgurance initiatique?

Et si la bataille de la «nouvelle cinéphilie», à peine entrée dans l'âge de la reconversion marchande et de la collectionnite aiguë, était déjà perdue? («laserdisc» ultra-sophistiqué pour amateurs de sensations fortes cinéphiliques et, dès demain, le tout puissant DVD, qui s'avance à peine masqué, sommé de remplacer non seulement le laserdisc du télécinéma restauré en plus fidèle encore tant au son numérisé qu'à l'image lasérisée, que toutes les fabuleuses ressorties d'un Vertigo miraculeusement ressuscité, mais aussi le CD rom, le CD audio musique, etc.).

On vend aujourd'hui, à crédit, dans les hypermarchés, des télévisions au format cinéma (rectangulaire 16/9, soit le 1/66 triomphant de Hollywood) avec le son qui surgit derrière le téléspectateur. Ça coûte 20 000 francs, ça va baisser bientôt. Les ouvriers et les immigrés achètent volontiers ces télés géantes, jadis prisées des Noirs américains de banlieue. Elles rappellent aux premiers un cinéma populaire, comparable à l'opérette ou au music hall d'antan, et aux autres, les comédies égyptiennes de jadis. Inutile de s'encombrer de cassettes VHS, enregistrées ou vierges. La seule magie de ce cinéma à domicile opère, toute seule, en direct, avec les cinq chaînes nationales et les programmes captés par parabole. A l'extérieur de l'hypermarché, pour toute publicité, une télévision de vingt mètres sur sept diffuse, en continu, des images alléchantes. On s'endette pour des années. On n'a plus de sous pour acheter, même si on le voulait, la première cassette. Misère.

Louis SKORECKI

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