quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Toto. Ciné Cinéfil. 20h30.

Par Louis SKORECKI — 12 novembre 1996 à 01:44

On commence à bien connaître la carrière américaine de Jacques Tourneur. Cinéaste immense, qui a surtout tourné des films à petit budget, il a élaboré un art de la mise en scène basé sur le fantastique intérieur dans lequel l'horreur est toujours suggérée au lieu d'être montrée. Dans ses films fantastiques d'abord, puis dans ses policiers ou ses westerns, il a appliqué cette formule étrange, sorte d'expressionnisme à l'envers, qui rend son oeuvre si singulière.

Mais on sait moins qu'à 27 ans, avant de s'essayer à la mise en scène à Hollywood, Jacques Tourneur a signé un premier long métrage en France, Tout ça ne vaut pas l'amour. Suivront, en 1933, Pour être aimé, Toto, et les Filles de la concierge l'année suivante. Des films sans ambition qui le prépareront à sa carrière américaine, qui débute, en 1939, avec Nick Carter, Master Detective.

Toto est une comédie gouailleuse interprétée par Albert Préjean, qui crée ici, avec le personnage-titre de Toto, une figure à mi-chemin du Gabin des débuts et du Maurice Chevalier des faubourgs parisiens. La caméra accompagne, dans une sorte de prologue muet, Toto et son copain rigoleur joué par Goupil. Seule la musique rythme les gags. Goupil vole un petit chien à une bourgeoise et le passe à Toto. Tout en mangeant joyeusement une pomme, ce dernier danse avec le chien. Mais il ne voit pas que Goupil lui fait des signes désespérés, parce qu'un policier arrive derrière lui. Toto ramène en courant le chien à la dame et accepte une pièce en pourboire. Quand il voit enfin le flic, il se sauve en courant.

Avec seulement deux mots de dialogue («Bonjour», dit le policier; «Au revoir», dit Toto), Tourneur a installé un climat joyeux et fantaisiste, et un rythme qui ne diminuera pas tout au long de cette histoire farfelue. Il passe ensuite à une sorte de poésie sentimentale entre Toto et Ginette (Renée Saint-Cyr), rencontrée dans sa fuite. Puis c'est la prison, curieusement stylisée. Un concours de beauté filmé avec beaucoup de dextérité boucle ce film nerveux et sympathique.

Louis SKORECKI

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