quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Un condamné à mort s'est échappé. Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Par Louis SKORECKI — 18 décembre 1996 à 02:53

Robert Bresson aura 90 ans dans quelques mois. Immense cinéaste, il est loin d'avoir pu réaliser tous ses projets, même si ses deux derniers films, le Diable probablement en 1977 et l'Argent, en 1983, peuvent être considérés comme deux testaments, comme l'aboutissement parfait d'une oeuvre exemplaire.

De sa formation de peintre, Bresson retient sans doute son aptitude exceptionnelle à composer un plan. Longtemps scénariste, il a 37 ans quand il réalise enfin les Anges du pêché, un film d'une noirceur et d'une sensualité sans pareilles. Il reniera plus tard ce film ainsi que les Dames du bois de Boulogne, sans doute parce que les acteurs sont des professionnels qu'il ne peut diriger à sa guise.

Après le Journal d'un curé de campagne, Bresson signe enfin Un Condamné à mort s'est échappé en 1956, réalisant pour la première fois le modèle idéal de ses films à venir. L'histoire se passe dans une prison lyonnaise en 1943. Ponctuée par la lecture, off, du texte authentique dont le film s'inspire, cette aventure décrit avec une précision hallucinante toutes les étapes qui rythment l'évasion de Fontaine (extraordinaire François Leterrier), avec ses progrès, ses découvertes, ses doutes.

L'histoire commence par un gros plan sur des mains enchaînées, un aller et retour de la caméra entre deux prisonniers dans une voiture, et la première fuite, ratée, de Fontaine. Pour filmer cette fuite, Bresson se contente de faire sortir Fontaine du plan, qui reste vide un instant, et de l'y faire revenir. Tout son art est concentré dans cette manière inédite de surgir sur un fond vide, d'en partir, d'y revenir. Pour montrer les tortures que subit le résistant, Bresson ménage ses effets et se concentre sur quelques traces de sang qui zèbrent son visage.

Quand Fontaine sera enfermé dans sa cellule, on suivra la transformation patiente d'une cuillère en couteau et l'inexorable marche vers la liberté à coup de plans courts, nerveux, magnifiquement dessinés.

Louis SKORECKI

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