quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Un court jour de travail. Arte, 23 h 55.

Par Louis SKORECKI — 14 mars 1997 à 23:20

Arte fait fort. Après la rediffusion essentielle de deux de ses films les plus étranges, lundi dernier, voici un inédit de Krystof Kieslowski, cinéaste trop connu pour être aimé pour ce qu'il est, cinéaste maudit, cinéaste mort. Au cours d'une journée singulière de 1976, un petit fonctionnaire du parti communiste polonais est confronté à l'émergence un peu folle, au fin fond de sa province anonyme, des revendications sauvages du peuple et de la naissance immaculée des premiers groupes de Solidarnosc. Au lieu de raconter sèchement cette journée, Kieslowski choisit un emboîtage astucieux de flash-backs pour «déchiffrer» ces processus encore énigmatiques. Commençant par situer son héros «secondaire» dans une discussion fastidieuse en 1968, il montre son accession politique de 1975 et, surtout, s'attarde dans ce qui est le présent de sa fiction, l'année 1981 où ce trop jeune camarade secrétaire du comité du district (on dirait du Zinoviev) est sommé de s'expliquer, en direct, à la télévision polonaise: préparatifs angoissés, raccords maquillage, peur du public qui regarde devant sa télé, chez lui.

C'est d'ici, de ce traumatisme en direct, que Kieslowski va remonter à cette fameuse année 1976 où le trop jeune responsable dût affronter, en direct encore, la montée des résistants. Le film est, presque tout entier, un documentaire-fiction sur les rapports violents et hitchcockiens entre notre pauvre dirigeant politique perdu et le peuple éperdu qui lui fait face. Sans consignes de Varsovie, sans réponses du comité central, notre pauvre héros doit improviser. Que répondre aux angoisses de ces hommes et femmes que la hausse des prix a terrifiés et surtout révoltés?

Après avoir apporté sa non-réponse détaillée (montée de la colère, apparition du peuple au fond du plan), Kieslowski doit démontrer, comme Zanussi dans ses premiers films ou lui-même dans ses premières oeuvres, comment on passe du tremblé super-8, ou, si l'on préfère, du faux style bâtard, au présent impossible de la fiction. Il y réussit en revenant, in extremis, au discours télé obligé devant les camarades assemblés.

Louis SKORECKI

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