quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

WORLD. LES CHANTS CARNATIQUES INDIENS DÉVOILÉS EN CONCERT DIMANCHE.ARUNA SAYEERAM, LA VOIX DU SUD . CONCERT AU THÉÂTRE DE LA VILLE À PARIS, DIMANCHE À 17 HEURES, RENSEIGNEMENTS ET LOCATION AU 01.42.74.22.77.

Par Louis SKORECKI
— 11 janvier 1997 à 16:11

La musique carnatique de l'Inde du Sud est bien moins prisée en France que celle des virtuoses de l'Inde du Nord, le Pandit Ravi Shankar (sitar), l'Ustad Villayat Khan (sitar et chant), Ram Narayan (sarangui), les frères Dagar (vocalises dans le style dhrupad), voire Lakshmi Shankar et ses chansons kahyal. Il y a pourtant, dans la région de la baie du Bengale,voire jusqu'à l'océan Indien (le Kerala) et la mer d'Arabie (le Karnataka), des magiciens aussi étonnants que Subulakshmi et ses chants populaires jusqu'au Sri Lanka, ou Balachander et son curieux instrument, la rudra veena, au son plus grave que le sitar et au rythme majestueux. Si la musique carnatique est si peu connue, c'est aussi qu'elle improvise beaucoup moins que celle du Nord. Ravi Shankar a rencontré le succès mondial parce qu'on reconnaissait en lui, bien avant les douteuses variations world, un curieux «contemporain» des artistes de jazz. Sans entrer dans les détails techniques qui différencient les ragas (airs classiques) du Nord de celles du Sud, on peut dire que les premières ont pour nous, Occidentaux, le charme supplémentaire d'être précédées par une longue introduction purement vocale (l'alap-jorjhala) au rythme lent et éthéré qui prépare, plus efficacement que les ragas du Sud, à la cérémonie qui va suivre et qui peut durer jusqu'à sept heures d'affilée.

A la différence de l'ancêtre Subulakshmi, la jeune Aruna Sayeeram opte pour un style sobre et lent, un chouïa aérien, qui tient peut-être à ses origines urbaines (elle est née à Bombay dans une famille tamoule d'amateurs de musique). Accompagnée par le traditionnel mrindangam (un tambour en terre cuite qui remplace les tablas nordistes), par un ghatam (pot de terre) et surtout par un lancinant violon, Aruna Sayeeram n'est pas du tout l'héritière du légendaire Chembaï Bhagavatar, connu pour sa ferveur religieuse hindouiste, qui était parfois loin de chanter juste. Elle préfère, précisément, la justesse de la note, qu'elle tient bien mais sans génie, à cette dévotion entretenue par la tradition carnatique du XVIIIe.

Si l'on en juge par les deux disques qu'elle a publiés en France (1), le concert devrait être serein, la voix évitant de se perdre dans les vocalises rapides et savantes de Subulakshmi comme dans les variations plus gutturales propres au style nordiste. On pourra ainsi se perdre dans les méandres exotiques du varnam à trois vitesses, des très courts kritis, du majestueux pallavi et du tani avartanam (solo, duo ou trio de percussions). A l'heure où les voix règnent sur le monde, de Billie Holiday à Piaf, d'Aznavour à Sinatra, de Chet Baker à Cesaria Evora, Aruna Sayeeram apporte sa modeste pierre. Elle mérite, elle aussi, d'être entendue, ne serait-ce que pour sortir les maîtres de la musique carnatique de l'oubli.

(1) «Chant carnatique» (Ethnic/Auvidis) et «la Tradition lyrique de la musique carnatique 1» (Makar).

Louis SKORECKI

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