quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Yeelen. France 2, 23 h 55.

Par Louis SKORECKI — 21 février 1997 à 17:16

Né à Bamako en 1940, Souleymane Cissé est, avec l'ancêtre Ousmane Sembene (né en 1923 au Sénégal) et le météorique Djibril Diop Mambete (auteur du fulgurant Touki Bouki, un véritable A bout de souffle black), le cinéaste le plus important à émerger d'Afrique noire, un continent inconnu dont Godard prédisait il y a vingt ans qu'il serait le pays des découvertes et des révélations.

Si l'Afrique n'a pas encore trouvé son écriture révolutionnaire, elle n'en décèle pas moins des trésors d'inventions inconnus dans nos parages. Avant de révéler en 1987 le charme initiatique de ce très magique Yeelen, Cissé avait déjà fait ses preuves. Formé à la dure école du VGIK de Moscou, il s'exerce entre 1965 et 1972 au documentaire et au court métrage. En 1974, la Jeune Fille, premier long métrage de fiction malien en langue bambara, est interdit. C'est donc en 1978, avec Baara, un fabuleux western noir, que Cissé s'impose. Il confirme qu'il a des tas d'histoires en réserve et des scénarios violents et contemporains à raconter.

Avec Yeelen, qui connaît à sa sortie une juste consécration internationale, Cissé se lance un double défi: remonter dix siècles en arrière pour raconter l'ancien royaume du Mali et évoquer les croyances ancestrales de son peuple. Optant pour une stylisation minimale et hardie, il se débarrasse vite fait du premier écueil, concentrant son énergie sur la beauté sensuelle des corps et les zébrures sauvages des maquillages. Mais c'est avec la seconde difficulté qu'il transcende son art: à partir de cette très belle histoire d'un jeune homme qui doit à la fois fuir la haine inexpliquée de son père et s'initier à la magie, Cissé ose des images et des trucages qu'aucun cinéaste africain avant lui n'avait tentés. Pour montrer les pouvoirs du Pilon magique (l'arme du père) et ceux du fils (la colère des abeilles, l'Aile de Koré), il se détache de la raideur traditionnelle des images africaines et s'envole, porté par le souffle de la musique de Michel Portal, vers des hauteurs inédites au cinéma.

Louis SKORECKI

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