quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Les Combattants de l'ombre. Ciné Cinéfil, 18h40.

Par Louis SKORECKI — 31 janvier 1997 à 15:08

En 1946, alors que les Américains ont déjà tourné des dizaines de fictions de propagande pendant la guerre, Fritz Lang revient sur le sujet avec cet étonnant Cloak and Dagger (les Combattants de l'ombre). Il y jette un Gary Cooper éberlué à la recherche d'un savant kidnappé par les nazis. Plus connu sous un titre alternatif (Cape et poignard), ce film, qui se regarde comme la trajectoire d'une balle vers sa cible, met en scène un modeste prof de physique d'une université provinciale américaine, Alvah Jasper (le beau Gary), chargé de pister un savant hongrois connu pour ses recherches sur la bombe atomique. Il retrouve sa trace en Suisse où une résistante locale (Lili Palmer dans son premier rôle hollywoodien) l'introduit dans son réseau d'antinazis helvétiques. Traversant avec virtuosité les pistes neigeuses, Gary Cooper doit faire à tout prix échouer le projet atomique allemand. Il sera entraîné dans une invraisemblable suite de rebondissements de type mélodramatique, heureusement rééquilibrés par la rigueur sèche de la mise en scène langienne. Si les Allemands ont plus d'un tour dans leur sac, créant de toutes pièces une fille de remplacement au savant hongrois, Gary Cooper a l'innocence hardie de l'Américain type, celle qui, plus tard, ira comme un gant à l'Harrison Ford des Aventuriers de l'arche perdue, calqué sur son personnage. Expressionniste avant l'heure (Metropolis, 1926), Fritz Lang avait réussi, deux ans plus tôt, en 1944, un génial Espions sur la Tamise qui tournait autour du même sujet. Sans atteindre à la perfection formelle de ce dernier film, les Combattants de l'ombre dévoilent un art inédit de traquer le réel dans ses détours les plus inattendus. Renouant avec le très novateur Hangmen also die, coréalisé avec Bertold Brecht en 1943, Lang invente une sorte de néo-brechtisme minimal et accompagne ses interprètes de sa caméra fonceuse jusqu'au bout de leur liaison, dévoilant in extremis l'histoire d'amour que tout spectateur normalement constitué est en droit d'exiger.

Louis SKORECKI

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