segunda-feira, 6 de julho de 2009

Coincidências: havia pensado em postar esse texto no dia em que li sobre a saída do Frodon da editoria do Cahiers, mas achei melhor deixar para outro momento menos oportuno. Agora, com o texto do Jr., tudo parece convergir mesmo para esse momento.

Le jeu de la vérité

Michel Deville, pour son premier film, réussit cette alliance réputée impossible : une comédie typiquement française dans un style de comédie américaine. Évoquer, à propos de Ce soir ou jamais, à la fois Marivaux ou Musset et Cukor ou Minelli, prouve l'estime dans laquelle on doit désormais tenir son auteur. Certes, Ce soir ou jamais n'égale pas les oeuvres de ces maîtres. Mais le second film de Deville, La Menteuse, que j'ai pu voir en privé, confirme un talent.

Pudeur, discrétion, intelligence, finesse, vivacité, élégance, telles sont les qualités majeures de ce film. Une certaine préciosité, aussi, et une tendresse qui dissimule, comme il convient à toute bonne comédie, une dose subtile de cruauté. Les badinages où l'on s'égratigne le coeur jusqu'au sang dont une spécialité bien française. Á ce jeu de la vérité des sentiments, Michel Deville excelle.

En revanche, Michel Deville, parce qu'il ne fige pas les personnages dans une psychologie secrète, mais au contraire qu'il les regarde vivre, sans les trafiquer, et se contente de capter les mouvements de leur coeur, obtient ce résultat que nous sentons réellement ce qui se passe entre eux. En cela, malgré le côté conventionnel, voire boulevardier de son histoire et le mode traditionnel de son récit, il se révèle cinéaste moderne. C'est une voie périlleuse où le succès public est le lot le moins sûr, puisqu'elle suppose la dédramatisation. Ce qui implique une grande rigueur intérieure, la structure et la loi des genres n'étant plus là pour soutenir le cinéaste. D'autre part, cela nécessite une recherche de plus en plus poussée d'un véritable naturel.

À première vue, rein n'est plus "théâtre" que Ce soir ou jamais. Les trois unités sont respectées comme elles le sont rarement sur les planches, les dialogues sont très construits. Mais le cinéaste s'intéresse moins à la progression dramatique de son histoire qu'à saisir les fluctuations des échanges qui s'établissent dans un groupe.

La caméra, témoin objectif et impartial, guette les moindres réactions personnelles à cette psychologie collective. D'où son étonnante mobilité et la nécessité où elle se trouve, par des panoramiques filés, des gros plans et un montage rapide, de les saisir au vol. Mais ici, les regards ont remplacés les paroles. Ils sont à la fois interrogatifs et révélateurs. Chacun, par le regard qu'il porte sur les autres, tente de mettre leurs âmes à nu, sans se rendre compte qu'il se trahit lui-même. Le point culminant de ce jeu est bien l'examen de passage des deux comédiennes qui s'achève par ce numéro dément de la recalée, réaction normale d'une pudeur blessée par tous ces regards scrutateurs convergents.

Guetter le conflit amoureux sur le moindre comportement des deux principaux protagonistes renvoie à chacun l'image de son propre coeur et de sa solitude. Ces deux êtres cyniques, désinvoltes, blasés ou candides, à l'amoralité et l'indifférence feintes, sont bien les petits-fils héros de Musset. Pour être plus prosaïque, leur romantisme n'en demeure pas moins vif. Le verre resplendit, mais sa fêlure cachée rend un son aussi nostalgique qu'au temps des dandys. À la fin de la mise en scène, les apparences, épiées par tous les regards, s'effondrent. La légèreté affectée se dissipe et révèle la vérité grave du sentiment amoureux. Les personnages ont appris à se connaître.

Jean Douchet

Cahiers du Cinéma nº 125, novembro 1961

Nenhum comentário:

Arquivo do blog