domingo, 16 de agosto de 2009

Dans Les Vampires, je vois les deux enquêteurs guidés par le hasard et uniquement par lui vers la solution du problème, et au seuil de l'atroce: l'un d'eux mourra de s'en être approché trop près; l'autre triomphera, car il le faut, mais son triomphe sera pire que la pire défaite. Dans le même film, les jeunes filles capturées par le drogué, le drogué soumis à son docteur et alimenté par lui, le bourreau soumis lui aussi à la duchesse qui abrite ses expériences, la duchesse elle-même esclave du temps et du vieillissement, forment une ronde infernale (mais calme et ordonnée comme un spectacle) que l'auteur s'efforce surtout de ne pas briser par un commentaire, ou une évaluation morale. Il y isole simplement quelques instants de silence et d'immobilité, où le temps pourra s'arrêter, et qui ne sont en fait que l'attente d'une violence plus grande, ou le cri arrêté dans la gorge. La duchesse (Gianna-Maria Canale), seule dans sa chambre, met en marche une vieille boîte à musique. La musique s'égrène, évoquant un passé lointain. La duchesse s'approche d'un miroir, et s'y regarde. Elle voit ses prunelles fixes qui ne marquent pas d'âge, son visage lisse et immobile où elle ne lit aucune émotion, sinon une immense surprise d'être elle-même. Elle caresse ses joues, sa peau très blanche sous laquelle coule (à peine) le sang d'autres jeunes femmes sacrifiées. A cet instant, ce que nous n'osions pas espérer arrive: le cinéma existe.

Jacques Lourcelles, Un homme seul, Présence du Cinéma nº 17, primavera 1963

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