sábado, 24 de abril de 2010

Le sens de l'Histoire.

LE LEGIONI DI CLEOPATRA (LES LÉGIONS DE CLÉOPÂTRE), film italien en Supercinescope et en Eastmancolor de Vittorio Cottafavi. Scénario: Ennio de Concini et Vittorio Cottafavi. Images: Mario Pacheco. Musique: Renzo Rossellini. Interprétation: Linda Cristal, Ettore Manni, Georges Marchal, Conrado Sammartin, Jany Clair. Production: Comptoir Français du Film - Alexandra, 1959. Distribution: C.F.F.

On pouvait encore, après La révolte des gladiateurs, penser ce qu'on voulait de Cottafavi. Pour moi, je n'en pensais pas grand bien. La vision des Légions de Cléopâtre, ce fut donc à la fois le plaisir de la surprise, ajouté à celui bien particulier que diffusent en nous les oeuvres que leur auteur a pris plaisir à créer.

Il y avait déjà dans La révolte des gladiateurs un sens certain de la couleur, du geste et de la mise en place, mais que je ne vis, ou ne sus voir, que comme aboutissant tout au plus à la création intermittente de ce qu'on appelle « un beau plan ». Les mêmes qualités, ici, font plus qu'unifier l'anecdote, elles la créent; elles ne se contentent pas de l'illustrer, elles la constituent et vont jusqu'à constituer en Histoire l'histoire qui nous est contée.

Les rapports de lignes et de tonalités, dans cette suite de digressions, de fantaisies sur des thèmes romains, sont en eux-mêmes, et dans tous les sens du mot, une trame. Ils créent un langage immédiat où le signe se suffit à lui-même puisqu'il est déjà expression totale. Le rôle de ce langage, ici, est d'imprimer directement en nous ce sens de l'Histoire mythique qui, plus vraie que la vraie, a besoin pour être traduite de la sur-vérité d'un langage « coloré » qui retrouve les valeurs magiques, mystiques du langage préconceptuel.

C'est la romanité légendaire retrouvée par le même moyen qui crée l'américanité légendaire du western. Le geste élémentaire du héros d'épopée, replacé dans le réseau de rimes, d'assonances, de correspondances qui doit lui conférer toute sa résonance, est déjà à lui seul une Geste.

On a souvent - et abusivement - rapproché du western des films d'action qui n'avaient avec lui que des ressemblances superficielles. Ici, pour la première fois peut-être en Europe, nous sommes en face d'un film profondément westernien dans son esprit et son langage, dans sa façon d'appréhender les rapports humains au travers d'une totalité brute dont tous les éléments sont provocants et ne tolèrent, lâcheté ou héroïsme, que les aboutissements ultimes.

Une telle vision du monde exclut aussi bien l'ironie que la distanciation, mais non l'humour, ni le trait dit « forcé », ni surtout un certain sens de l'absurde: il s'agit en somme de saisir la désinvolture des faits.

Cela, l'extraordinaire début du film le traduit déjà. Au générique succèdent trois cartons remplis jusqu'au bord de considérations historiques. Ceci pour introduire à d'éblouissantes variations sur la foule des rues et des tavernes avec bagarres, discussions, flâneries diverses et surtout promenade au marché aux esclaves. Un dialogue ramassé s'incorpore aux gestes comme une dimension supplémentaire. Pour en rester au marché: « Celui-ci est destiné à un autre usage », dit le marchand présentant un jeune garçon après avoir vanté les qualités d'une marchandise féminine. Lá, comme toujours, c'est en s'abandonnant constamment et totalement à la joie de dire et de montrer que Cottafavi réussit à ramasser dans le minimum de temps le maximum de signification.

Dans ce jaillissement continu, ce feu roulant d'idées, de trouvailles, il serait facile de puiser, sinon pour démontrer, du moins pour céder au plaisir de raconter (et peut-être serait-ce là le meilleur moyen d'aboutir à une démonstration) mais je préfère y renoncer. Je noterai pourtant ce trait de la flèche dont le départ et l'arrivée sont classiquement filmés en plans séparés et dont subitement, par une virevolte qui tient à la fois du clin d'oeil et du crescendo le plus savant, on nous montre pour finir, dans le même plan, le départ et l'arrivée.

De Cléopâtre aussi je dirai un mot. Nous n'en avons vu d'abord que les yeux incorporés au masque d'une statue, mais lorque, dans la taverne, nous voyons la danseuse masquer son visage de ses mains pour n'en laisser apparaître que les yeux, nous nous voyons malicieusement conviés à identifier à la belle du palais celle qui vient faire la bête dans les bas-quartiers de la ville.

Je ferai remarquer maintenant, puisque j'ai prononcé le mot de « langage préconceptuel », qu'après le dialogue d'Auguste en toge blanche dans la nuit constellée de feux, une charge échevelée fera pénétrer comme un coin les légions blanches du César dans celles rouges d'Antoine le républicain, lesquelles finiront, à la nuit tombante, par se faire emprisonner dans un cercle de feu.

Bien des détours, un seul mouvement. D'étranges orifices dans les murs par quoi la voix passe pour établir d'insoupçonnables communications. A travers lesquels nous aussi nous semblons passer grâce à un extraordinaire mouvement de caméra, le plus simple pourtant qui soit.

Simple aussi cette façon qu'a la caméra de sélectionner pendant un dialogue les interlocuteurs en présence en alternant reculs et avancées qui ont l'harmonie d'une respiration.

Une harmonie qui ne craint nullement l'essoufflement des courses syncopées, coupées d'arrêts, de sauts ou de retours, qui sait tout le prix de ces excroissances vitales qu'on appelle « temps morts » mais craint la mort de l'alanguissement. A peine ces interminables et classiques dialogues d'amoureux, nécessaires temps faibles que l'on croit bon de ménager dans tout film d'action, semblent-ils s'installer dans le film que, « cut », nous revoilà dans l'action.

Je mentionne pour finir la sensationnelle interprétation d'une insolite Cléopâtre et d'un char aux dix chevaux. Cléopâtre mourra sur son trône, figée dans sa royauté, après que Marc Antoine ait fait de sa mort une admirable symphonie en rouge où il a mis tout ce qu'il possédait d'héroïsme et de désespoir.

Car il y a aussi cela: Marc Antoine et Cottafavi ont su voir la mort en poètes et en républicains.

Michel DELAHAYE.

Cahiers du Cinéma n° 111, setembro 1960, pp. 55-57

3 comentários:

Sérgio Alpendre disse...

adoro Mankiewicz, mas o do DeMille é imbatível. haha... a verificação de palavra é PHOTA

bruno andrade disse...

Foi a única dúvida que tive, os lugares do Mank e do DeMille, tanto que numa preliminar que fiz o do DeMille ficou à frente do Mank. O fato de que revi o do Mankiewicz recentemente acabou selando a sorte do DeMille. Mas nada é certo, a não ser uma coisa: imbatível, imbatível mesmo... só o do Cottafavi. A melhor Cleópatra em Linda Cristal e o melhor Marco Antônio em Georges Marchal, e como diz o Delahaye, "uma admirável sinfonia em veremlho onde Marco Antônio investiu tudo o que possuía de heroísmo e desespero". Final memorável, mas o filme todo é composto apenas de cenas memoráveis - o que já não é o caso do Mank nem do DeMille.

Anônimo disse...

Siento discrepar en todas direcciones: ni antes de "Le legioni..." se podía pensar cualquier cosa de V.C. (muchas de sus mejores son muy anteriores), como dice Delahaye, ni creo que su "Cleopatra" resista la comparación ni con la de Mankiewicz ni con la de DeMille, salvo que la comparación se establezca estrictamente (no me vale con Marco Antonio ni con César, ahí gana doblemente Mank) entre Linda Cristal, Elizabeth Taylor y Claudette Colbert (y prefiero que existan las tres, bien distintas).
Miguel Marías

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