terça-feira, 25 de agosto de 2015

Chérie, je me sens rajeunir

CINéCINéMA CLASSIC, 19 Heures.

par Louis SKORECKI

Quand j'avais 10 ans, je n'allais pas au cinéma. Même si j'y allais, j'en ai perdu la mémoire. Donc je n'y allais pas. Je n'ai pas vu Chérie, je me sens rajeunir quand il est sorti en 1952. Il m'a fallu attendre plus de dix ans pour me mesurer à l'univers sucré-salé de son auteur, un certain Howard Hawks. C'était un inconnu, seuls les hitchcocko- hawksiens des Cahiers du cinéma (Rohmer, Rivette, Chabrol, Bré) le connaissaient et l'admiraient. Pas sûr que le jeune homme de 20 ans que j'étais en 1963 aurait pu entrer dans l'univers screwball de HH l'ironique. Il savait passer du rire aux larmes avec une impassibilité et un sérieux presque keatoniens. McCarey aussi savait faire ça. Quelques mois avant mes 20 ans, j'ai échangé mes 33 tours de Presley (signés de sa main, s'il vous plaît) contre trois misérables disques de jazz. L'été 1963, je filais rencontrer Hawks à Hollywood. Il bricolait des plans de coupe sur Ligne rouge 2000. L'été suivant, il m'a invité une semaine en Arizona, sur le tournage d'El Dorado.

Si je vous raconte tout ça, c'est que les méthodes de tournage de Hawks, je les connais. Je connais aussi celles de Walsh, je l'ai vu diriger son dernier film, A Distant Trumpet. Ils ont les mêmes méthodes de tournage. En dépit de leurs dissemblances (le feu sous la glace pour Hawks, la glace sous le feu pour Walsh), ils savent tous les deux ne rien faire sur leur plateau avec l'élégance des princes. C'est avec cette idée en tête qu'il faut voir Cary Grant retourner en enfance sous l'oeil effaré de Ginger Rogers et les petits cris de jeunesse de Marilyn Monroe. Hawks n'était que le spectateur de ces délires à froid, et ce que Lourcelles prend pour de la «sérénité» n'est en réalité que la distance des maîtres hollywoodiens avec leurs films, avec eux-mêmes. Ben Hecht écrivait dans son coin, Cary Grant essayait de garder son calme, Hawks disait : «Moteur». C'est tout. C'est ça, le génie.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog