segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Deep End

21/06/2002 à 00h02

Ciné Classics, 21 h.

SKORECKI Louis

Ne pas manquer, dans Cinéma/03, le bel article de Jean Narboni, Jerzy Skolimowski et la fuite impossible. Au milieu des chants de basse-cour de la critique de cinéma post-universitaire, un texte aussi serein vaut qu'on s'y arrête. Qu'est-ce qu'il dit, Narboni ? Tout et son contraire, comme dans n'importe quel texte libre. C'est bien la moindre des choses de laisser l'analyse flotter, pour peu qu'une certaine consistance fasse matière dans l'oeuvre dont on essaye de rendre compte. Narboni parle au passage de Fellini. Dieu sait qu'ici, dans cet espace de non-réévaluation sérielle du cinéma, on ne tient pas Fellini en grande estime. Charmant bonhomme, affreux cinéaste, pour dire les choses comme elles sont. Si on met de côté l'étrange Il Bidone, un film qui vaut paradoxalement mieux que ce qu'il est (ainsi que les quelques images de la Cité des femmes où surgit comme par enchantement le visage de Stavros Tornes ­ un cinéaste, un vrai, pour qui on donne volontiers tout Fellini), qu'est-ce qui reste de cette autocélébration publicitaire, de ce baroque de pacotille, de ce modernisme sentimental ? Tout ça ne vaut pas mieux que les spots Barilla avec Depardieu: autant dire rien ou presque.

Quand il dit Fellini, Narboni éclaire pourtant Skolimowski comme personne. Il éclaire en particulier Deep End (1970), première fantaisie anglaise du plus grand cinéaste polonais, chef-d'oeuvre louche sur fond de vieille piscine pour adolescents trop blancs. L'amour, le chlore, l'Angleterre, un scénario idéal pour teenager turgescent. Pour parfaire le fantasme fellinien de l'enfant de lait (John Moulder-Brown), il y a même la grosse Diana Dors, la Jayne Mansfield anglaise, idéale en veau marin explosé. A y réfléchir, Deep End vaut bien Moonlighting (Travail au noir, 1982), autre chef-d'oeuvre anglais de masochisme visuel et de sadisme documentaire. Jane Asher, la nymphette lollipop du film, n'est autre que la fiancée sixties de Mick Jagger, qui écrira pour elle Lady Jane, superbe ballade au dulcimer, et l'une des chansons qui font d'Aftermath le meilleur album des Stones. L'imbécile la quittera pour la poudreuse Marianne Faithfull. Il y a des jours avec et des jours sans. C'était un jour sans.

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