terça-feira, 25 de agosto de 2015

Double messieurs

LOUIS SKORECKI 20 FÉVRIER 2002 À 22:20

Ciné Cinémas 1, 18 h 25.

Un cinéaste doit-il savoir ce qu'il fait? Probablement que non. L'état misérable du cinéma tient sans doute dans la trop grande intelligence des metteurs en scène avec les films qu'ils font. Etre «en intelligence» avec son film ­ ou son projet de film ­, c'est autant de perdu pour ce qu'on persiste à appeler encore «cinéma». Il faudrait trouver un autre nom pour ces films prépensés, prémâchés, préfilmés, fondant sur des spectateurs qui ne demandent qu'à remâcher ce qui l'a déjà été. Mcdonaldisation du cinéma? Même pas. Il faudrait plutôt parler de standardisation de la pensée, de storyboardisation de l'âme. De temps en temps, même si ça se fait de plus en plus rare, un type se tient à l'écart de cette pseudo-maîtrise du «cinéma», en donnant à voir un truc qui l'étonne le premier, ce qu'on appelait dans le temps «un film». En France, deux ou trois zinzins font encore ça. Des abrutis de génie, des artistes. Luc Moullet et Jean-Claude Brisseau font ça. Jean-François Stévenin fait un peu partie de cette bande de doux dingues, d'ahuris singuliers, qui ne savent pas ce qu'ils font. Ça se voit. Surtout, ça fait des films.

Des films, Stévenin en fait un tous les quinze ans. Il a besoin de ne pas savoir s'il est fait pour en faire, des films. Ne pas savoir, c'est déjà commencer à être cinéaste. Question sentiments, Stévenin est de la famille Rozier, pas une famille nombreuse (Pialat, Pascal Thomas dans une moindre mesure), mais une famille chaleureuse, proche de ses personnages, de ses petits personnages. On n'est pas riche, on se tient chaud, on n'oublie pas la bagatelle, comme on disait du temps de Renoir ou Rossellini, grands maîtres de ce cinéma de l'expérimentation naturaliste, du mysticisme gourmand, de la rigolade privée. Double Messieurs (1986), le volet central de la trilogie provisoire de Jean-François Stévenin, tourne autour de deux zozos qui s'aventurent loin de chez eux pour retrouver le troisième membre du trio qu'ils formaient quand ils étaient jeunes et fous. Sont encore un peu fous, faut dire, les deux gus (Stévenin, Yves Afonso). Au lieu de retrouver leur copain perdu, c'est sa femme qui les surprend comme des voleurs, des maladroits. Ils atterrissent lourdement sur elle, comme des libellules sans ailes. Entre le bébé boy-scout grandi trop vite (Stévenin) et cette femme idéale et distante (Carole Bouquet), la rencontre est-elle seulement possible? Dans la brume des montagnes, tout arrive. Il arrive même qu'on rêve. L'amour, c'est tellement mieux quand c'est flou.

SKORECKI Louis

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