segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Frontière chinoise (2)

LOUIS SKORECKI 8 NOVEMBRE 2002 À 01:42

Ciné Cinéma Classics, 13 h 50.

La mort. Avec John Ford, on n'y échappe pas. Frontière chinoise est une tragédie désuète, un muet plutôt bavard, une méditation exotique sur la mort et le désir. Le désir féminin, évidemment. Pour l'homme, c'est plus simple. Pas de quoi en faire un plat. Comme si Ford devenait sur ses vieux jours plus mizoguchien que Mizoguchi. Mizoguchi, le seul cinéaste à ne s'intéresser qu'à la douleur, à la transparence, à l'indicible. Le seul, aussi, à pisser de sa fenêtre sur les passants. Ford, Mizoguchi, deux grands gamins esthètes, primitifs, lyriques, souvent à la limite de l'autisme. Comment ne pas penser à ce fantôme de film-fantôme qu'aurait été Frontière chinoise, celui qu'il a commencé à tourner, celui qu'il voulait ? Cinq ou six jours avec Patricia Neal, avant qu'elle ne tombe malade. Où sont ces plans ? Où ?

Oublier Patricia Neal. Oublier la frontière entre deux mondes : Orient, Occident, païens, chrétiens. Oublier la femme du Rebelle, la fiancée d'amour de Gary Cooper. Oublier qu'elle fut aussi la dernière passion de John Wayne. Un an plus tôt, ils s'étaient rencontrés sur Première victoire, le beau film d'Otto Preminger. Derrière la frêle silhouette d'Anne Bancroft, généreuse, sévère, parfaite, qui porte le mélo pré-world du vieux Ford sur ses épaules, il y a le visage anguleux de Patricia Neal. Elle tient le film. Sans elle, l'impeccable Anne Bancroft ne serait pas au rendez-vous de l'exotisme, de l'amour, de la mort.

Il faisait nuit. La lueur clignotante du réverbère leur faisait de l'oeil. Deux semaines sans se voir. Elle allait être triste, c'est sûr.

Le dernier Ford, ce n'est pas Frontière chinoise. C'est Young Cassidy.

II ne l'a pas tourné, Young Cassidy.

Ce n'est pas la présence d'un cinéaste qui signe un film.

C'est quoi, alors ?

L'amour.

Il tourna la tête pour dissimuler ses larmes.

Ford était un grand sentimental, alors ?

Il ne répondit pas. La nuit était noire. Toute noire.

SKORECKI Louis Ciné Cinéma Classics, 13 h 50.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog