segunda-feira, 24 de agosto de 2015

Frontière chinoise

LOUIS SKORECKI 7 FÉVRIER 2002 À 22:04

Il n'y a que quatre ou cinq films comme Frontière chinoise, pas plus. Pas forcément les plus beaux ou les plus importants, mais les plus émouvants. Sur des scénarios très simples, très décousus, très dépouillés, les derniers survivants d'un art ignoré dictent leurs dernières volontés, avec la rigueur légère des chanteurs de charme. Il y a Dodes'ka-den, le film suicide de Kurosawa, les deux volets du Tigre d'Eschnapur de Fritz Lang, Un roi à New York de Charles Spencer Chaplin, la Rue de la honte de Mizoguchi, The Saga of Anatahan de Sternberg. Pour d'autres, c'est Distant Trumpet, Marnie, Gertrud, le Caporal épinglé, Filming Othello, parce que c'est Walsh, Hitchcock, Dreyer, Renoir ou Welles qui leur arrachent des larmes au moment de prendre congé. Il y a aussi deux ou trois films monstres, des films uniques comme la Nuit du chasseur, le Fleuve sauvage ou The Shadow Box, le téléfilm terminal de Paul Newman.

Frontière chinoise (Seven Women) fait figure d'aberration. La générosité invraisemblable de cette saga féministe fordienne (un groupe de femmes face à la barbarie des hommes) fait disjoncter les plus raisonnables. Dans Derrière la porte, Carole Desbarats résume bien les enjeux scénaristiques du film: «Ann Bancroft, magnifique femme moderne dans une fiction qui se déroule dans les années 30 aux frontières de la barbarie... Elle qui a porté pendant tout le film le costume d'une amazone moderne, pantalon et veste de cuir, choisit pour le sacrifice final de sa personne, de son libre choix sexuel, celui d'une courtisane chinoise, une somptueuse robe traditionnelle destinée à soumettre son corps aux caprices sexuels de l'ennemi. Elle le fait avec la superbe tranquille de qui ne ressent pas la honte: elle se prostitue, elle, la femme libre, pour sauver les six autres femmes de la mission.» Malgré une belle idée (le transfert de honte sur un autre personnage), Carole Desbarats (qu'on ne peut pas soupçonner de machisme) dérape en parlant du «grand cinéaste des femmes qu'est John Ford». Là, il faut ralentir. Pour Ford, le métier de femme consiste à élever les enfants. La plus belle preuve d'amour qu'un homme puisse lui témoigner, c'est de lui donner une grande claque sur les fesses. La liberté extrême de Frontière chinoise ne fait que signer in extremis l'ouverture au monde de Ford. C'est un grand film mais c'est juste un film. Et aucun film ne résume un grand cinéaste, surtout un conservateur aussi complexe que John Ford. A suivre.

SKORECKI Louis

TCM, 19 h 20.

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