terça-feira, 25 de agosto de 2015

Gentleman Jim. Ciné Classics, 20h30.

27/10/1999 à 01h21

SKORECKI Louis

On avait laissé Raoul Walsh sur la superbe ambiguïté de son général Custer dans la Charge fantastique, le revoilà à quelques mois de distance, en 1942, avec le même Errol Flynn, occupé à démontrer, avec quarante ans d'avance, comment un cinéaste (Martin Scorsese) et un acteur (Robert De Niro) réussiront à ne rien retenir de cette belle leçon de cinéma. Gentleman Jim est en effet la plus belle critique rétroactive de l'histoire du cinéma, une démolition en règle de l'un des films les plus surévalués des «cinéphiles» ­ un mot à mettre décidément entre guillemets ­, Raging Bull. Deux histoires de boxeurs, de dévoreurs de vie, d'aristocrates plébéiens propulsés dans une société du spectacle qui les fascine, chacun à sa manière. Dans Gentleman Jim, on ne cherche jamais à faire vrai. On tourne autour du mythe, les plans sont comme un jeu de jambes, léger, aérien, tout est encore à inventer, à codifier, la boxe classique, le cinéma moderne, tout. Jim Corbett-Errol Flynn fera l'acteur dans une pièce à sa gloire, Jake La Motta-De Niro grossira pour rien, pour quelques spectateurs de trop. Jim rêve de jouer Shakespeare, Jake rêve de redevenir mince. Un cinéma maigre, au son encore criard, qui piste un art de vivre déjà sur le déclin, héritier du siècle dernier. Un cinéma grassouillet, au son trafiqué, épais, qui se contente d'effets et de coups de poing. Minimalisme walshien, virtuosité scorsésienne. Cinéma instinctif contre cinéma d'école ­ où sont passés les maîtres?

Deux mots pour finir. On s'essaiera un peu plus, dès la semaine prochaine, à la généalogie de l'entropie au cinéma, tout ce qui est pure énergie, potlatch moderne, second degré malin, entreprise de démolition et de sape, pour le meilleur et pour le pire, du grand cinéma classique hollywoodien. On aura peut-être quelques surprises. Un peu plus tard, dans une dizaine de jours, deux superbes Walsh du début des années 40 (High Sierra, Dark Command) rappelleront, sur Ciné Classics, la verdeur sentimentale d'un cinéma étrangement moderne et le génie d'un cinéaste qui est l'égal de Ford, Hitchcock, Tourneur. Un grand bonhomme.

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