terça-feira, 25 de agosto de 2015

Judge Priest

LOUIS SKORECKI 15 SEPTEMBRE 2004 À 02:08

Cinécinéma classic, 12 heures.

Quand la mélancolie zèbre les sautes d'humour de ses sursauts de tristesse, ça donne quoi ? Dans les trois films de Ford les plus complexes, les plus libres, les plus enthousiasmants, ça donne quelque chose de décidément bigger than life. C'est d'abord que Will Rogers, l'acteur picaresque de ces trois films (qui culmineront dans Steamboat'Round the Bend, sans doute le chef-d'oeuvre méconnu de John Ford) est lui-même plus grand que la vie. Est-ce un acteur ou un héros, d'abord ? Dans Dr. Bull (1933), Judge Priest (1934) ou Steamboat'Round the Bend (1935), ces manières d'autofiction avant la lettre, il est impossible de séparer Will Rogers du personnage presque légendaire avec lequel sa vie et sa carrière d'acteur coïncident à un degré rarement atteint au cinéma. On retrouve dans Judge Priest cette extraordinaire «fantaisie novatrice» (pour reprendre les termes de Lourcelles) qui fera des années plus tard le prix et la singularité des Deux Cavaliers ou de la Taverne de l'Irlandais, mais à un degré de pureté, d'intensité, de liberté que le temps contribuera à atténuer, à diluer. Comme si le chapitrage du cinéma en films de genre (sans doute à la suite des impératifs du Code Hays) avait peu à peu interdit de s'aventurer dans les plaines décidément étranges de l'improvisation. Il y a peu de moments dans la filmographie fordienne où le sentiment que les acteurs se découvrent (et découvrent leurs personnages) au fur et à mesure de leurs dialogues, est si fort. Disons que ce Ford-là se situe du côté des premiers films soviétiques de Boris Barnet (la Fille au carton à chapeau, 1927 ; Okraïna, 1933), du côté des studios de la Victorine, à Nice (Angèle de Pagnol, 1934, Toni de Renoir, 1934), et plus encore du côté de la Nuit du carrefour (Renoir, 1932). On n'a jamais fait mieux. Et si on y revenait demain ?

SKORECKI Louis

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